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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 14:27

 

« Et Nicolas ? Qu’est-ce que tu penses de Nicolas ?»

-Je trouve ça marrant… Ça me rappelle les dessins de Sempé qui m’ont fait bien rire… Après tout, oui… Pourquoi pas Nicolas ?

Autour de Mme Defrise, le cercle de famille se resserre comme l’a jadis écrit le poète. Liliane Defrise a trente-trois ans et elle attend son premier enfant. Un évènement parfaitement planifié chez ce jeune couple qui, malgré l’insistance des parents d’un côté et de l’autre, a préféré attendre cinq ans de mariage pour se créer un héritier dans les meilleures conditions possibles. Maintenant qu’Alain Defrise, à trente-cinq ans, est à peu près certain de la stabilité de son poste de cadre, ils ont enfin « mis l’héritier en fabrication » selon leur propre expression.

Et c’est pour bientôt. Pour très bientôt même. Ce qui explique la préoccupation dans laquelle nous trouvons cette sympathique famille au grand complet : il faut donner au nouvel arrivant un prénom qui convienne à tout le monde.

«Nicolas… Nicolas Defrise… Defrise Nicolas… ça ne sonne pas mal ! murmure le futur papa.

-Et… si c’était une fille ? hasarde la future grand-mère.

-Ne dis pas de bêtises, voyons ! tranche le futur grand-père. Ce sera un garçon… évidemment !

-On pourrait toujours l’appeler Nicole, propose la future maman du fond de son fauteuil.

-Ah non ! Pas Nicole ! C’est d’un vulgaire ! proteste Alain.

La mère de Liliane fusille son gendre d’un regard noir :

-Peut-être, mais c’est quand même mon deuxième prénom !

Lorsque l’enfant paraît (comme l’a également écrit le poète, qui a toujours une longueur d’avance sur nous), lorsque l’enfant paraît, donc, trois jours se sont écoulés depuis cette scène familiale, et rien n’a encore été décidé. Liliane Defrise, adossée à ses oreillers dans la chambre pleine de fleurs, regarde d’un air perplexe l’imprimé que lui a remis la surveillante. Il va bien falloir remplir ce bout de papier et donner une identité définitive à la petite boule rose et chevelue qui dort de son premier sommeil dans le berceau au pied du lit. Alain Defrise revient s’asseoir au chevet de sa femme en tenant entre deux doigts le gobelet de carton où la machine automatique a généreusement versé un soda vaguement gazeux au lieu du café que l’on venait de lui commander. Liliane passe la main sur le front un peu pâle de son mari.

-Comment te sens-tu, mon chéri ? Pas trop fatigué ?

-Ca va mieux, merci, répond Alain à qui l’humour de la situation échappe totalement. Est-ce que tu as réfléchi à ce qu’on va mettre pour l’état civil ?

-Oui. Mais je n’ai vraiment pas pu me décider… Ecoute, si on oubliait complètement tes parents et les miens, et si on choisissait un prénom que personne n’a encore proposé ? Comme ça, on ne vexerait ni les uns ni les autres.

--Tu veux dire qu’on va vexer tout le monde !

-Pas du tout, mon chéri ! Ils comprendront bien que justement nous n’avons voulu favoriser personne !

A cet instant se produit la scène la plus étrange de cette histoire, la scène sur laquelle repose tout le côté incroyable de cette aventure. Liliane Defrise dira plus tard : « C’est moi qui l’ai vue la première. Mais je suis incapable de dire comment la porte s’est ouverte ni comment cette femme a traversé une partie de la chambre. Je n’ai vraiment réalisé sa présence que lorsqu’elle était déjà près du berceau. »

En effet, une femme est là, une vieille femme habillée de sombre. Elle se penche légèrement au-dessus du berceau et ni Alain, ni Liliane ne l’ont vue ni entendue entrer et parcourir les trois mètres environ qui séparent la porte du petit lit blanc. La vieille femme semble marmonner. Liliane réagit enfin et lui lance une phrase instinctive, dans le genre « vous désirez, Madame ? », ou bien « qu’est-ce que vous faites là ? »

La vieille femme relève alors la tête et montre un visage qui laissera à Liliane l’impression d’une extraordinaire douceur et d’une bonté sereine. D’une petite voix chantante, avec un léger accent indéfinissable, elle dit :

-Je vois petit Moïse… petit Moïse dort !

Puis elle fait comme un signe d’au-revoir avec sa main ridée au-dessus du berceau et elle retourne vers la porte. Avant de sortir, elle regarde encore les jeunes parents :

- Petit Moïse sera très fort et très sage ! Mais il faut à lui faire très attention !

Puis la porte se referme sur la petite vieille. Liliane et Alain restent un moment interloqués, puis éclatent de rire.

-Mais qui c’est, cette bonne femme ? Tu la connais, toi ?

-Jamais vue ! Et toi ?

-Pas la moindre idée de qui ça peut bien être… Une folle… On en voit de drôles, dans les cliniques !

-Voyons, Alain ! Ne dis pas ça ! Elle avait un visage si bon, si doux, un sourire tellement…

-Bon, bon, bon… Remarque, c’est vrai qu’elle n’avait pas l’air si folle que ça… Elle doit aimer les bébés, en tout cas ! Disons que c’est quelqu’un qui se sera trompé de chambre… Maintenant, trêve de plaisanterie : qu’est-ce qu’on décide pour l’état civil ?

-Tu vas rire, Alain… Mais qu’est-ce que tu penserais de… Moïse ? Je trouve que ça n’irait pas mal à ton fils, non ?

-Liliane, tu ne parles pas sérieusement ? Ta mère et la mienne proposent des prénoms à tour de bras, on refuse, et il suffit qu’une vieille femme absolument inconnue se trompe de chambre pour que tu te jettes sur le premier prénom qu’elle prononce ?

-Je ne sais pas comment te dire ça, Alain, et c’est tellement ridicule, j’en suis parfaitement consciente, mais… pendant que cette femme parlait au petit, j’avais l’impression que ça n’était pas une erreur… Non, ne te moque pas, je sais que je suis stupide, mais je trouvais ça… tout naturel, comme si ce prénom était vraiment celui de notre enfant, tu comprends ?

-Je comprends surtout que tu es plus fatiguée qu’il n’y paraît, ce qui est tout à fait justifié, et qu’il faut que tu te reposes.

-Mais non, mon chéri, je vais bien, je t’assure ! Mais je trouve que Moïse, c’est assez joli et, en plus, pas commun !

-Ça, pour un prénom pas commun, ça n’est pas commun, je te l’accorde ! Surtout par chez nous ! Mais enfin, tu me connais, Liliane : je ne suis pas antisémite pour deux sous, seulement je trouve qu’étant donné nos origines à tous les deux, ça ferait un peu bizarre d’avoir pour fils un petit Moïse ! Je vois d’ici la tête de ta mère, catholique pratiquante, devant le petit Moïse Defrise le jour du baptême !

Pour finir, le rejeton de Liliane et Alain fut prénommé Pierre, ce que tout le monde s’accorda à trouver simple et beau. Comme de plus, chacune des grand-mères avait au moins un Pierre parmi ses ancêtres, tout fut pour le mieux. On ne songea plus du tout à la curieuse visite de la vieille dame de la clinique. Il est certain qu’elle serait tombée dans l’oubli total s’il n’y avait eu l’incroyable évènement du mois d’août dernier.

Le jeune Pierre Defrise est maintenant un bébé de deux mois. Lorsque son visage a eu perdu l’aspect chiffonné de tout nouveau-né, il a révélé des ressemblances tout à fait satisfaisantes avec son papa. Il avait le sourire de sa maman, le front de son grand-père, les oreilles de sa grand-mère… et encore des tas d’autres détails qui en faisaient un personnage en tous points digne d’une aussi vaste famille. Pierre Defrise, à deux mois, s’apprête à prendre ses premières vacances. L’année 1978 n’ayant pas été, comme vous vous le rappelez, prometteuse d’un été particulièrement ensoleillé, Alain aurait aimé descendre dans le Midi. Le médecin de famille déconseille la chose pour un nourrisson. La montagne et la Bretagne ayant des climats trop rigoureux pour un bébé parisien, c’est la campagne qui a été retenue. Les Defrise ont loué une petite maison dans le Cantal. Un bout de jardin et, à peu de distance, le lac de Saint-Etienne-Cantalès.

C’est un endroit très familial. Il y a beaucoup de campeurs alentour. La baignade est permise dans le lac. Et Alain peut ainsi compenser sa légère déception de ne pas être parti à la mer. Il est trois heures de l’après-midi. Liliane se fait dorer au soleil sur l’herbe, un soleil qui tape fort. A cause de cette canicule, on a laissé le bébé dans la voiture, mais avec les portières entrouvertes et un linge blanc sur les vitres pour faire de l’ombre. Alain, qui est resté étendu un moment, commence à s’ennuyer un peu.

-Je vais piquer une tête ! Tu viens avec moi ?

Liliane ouvre un œil paresseux.

-C’est trop tôt encore ! On n’a pas fini de digérer.

-Oh ! Pour trois feuilles de salade qu’on a avalées, c’est plus que suffisant ! Allez, viens.

-Ça ne me dit rien tout de suite, je te rejoindrai dans un moment. En passant, jette donc un coup d’œil sur le petit pour voir si tout va bien.

Tout va bien en effet. Le panier d’osier où le poupon sommeille est bien à l’ombre sur la banquette arrière. Alain se penche pour vérifier la température dans le véhicule : c’est très supportable. Il laisse la portière gauche ouverte et préfère refermer la droite pour éviter les courants d’air. Puis il s’approche du lac en flânant. Ici, ça a l’air trop profond. En suivant la berge, Alain fait une cinquantaine de mètres et arrive à un endroit où une dizaine d’enfants, de l’eau jusqu’à la poitrine, chahute en s’éclaboussant. Là, ce sera parfait. Alain descend une sorte d’escalier naturel, se trempe jusqu’aux mollets : courageux mais pas téméraire. Quand il arrive aux genoux, il entreprend de s’asperger progressivement les endroits sensibles et se résout enfin à s’accroupir. Après tout, elle n’est pas si froide que ça ! Dix minutes plus tard, Alain goûte la béatitude d’avoir la tête au soleil et le corps entre deux eaux bien fraîches. Au bout d’un quart d’heure, cette décontraction lui inspire des pensées philosophiques et il contemple ce petit monde paisible qu’il aperçoit : des baigneurs, des joueurs de volley-ball, les taches colorées des familles qui se sont fait chacune leur petit territoire sur l’herbe verte. Et puis, tout d’un coup, un mouvement insolite. Là-bas, une voiture qui roule insensiblement, qui s’approche du bord. Et alors, tout se passe comme au ralenti. Alain voit la calandre et les roues avant quitter la berge. Il se met à penser avec amusement : tiens, en voilà un qui n’a pas vérifié son frein à main ! Il va avoir une drôle de surprise ! C’est seulement au moment où la totalité de la carrosserie touche la surface du lac… qu’il se rend compte que cette voiture… Cette voiture, c’est la sienne !

-Pierre !

Alain a hurlé. Une grande goulée d’eau douceâtre est entrée par sa bouche. Il tousse, il crache. Son instinct l’a poussé en avant et il nage. Trente, quarante, peut-être cinquante brasses jusqu’à la voiture. A travers les éclaboussures que ses gestes maladroits soulèvent vers ses yeux, il aperçoit la petite cinq-chevaux qui, sans même flotter une seconde, s’enfonce, bien horizontale. Juste l’avant qui pique un peu du nez. Il distingue vaguement les cris de quelques témoins. Alain pense : « Le petit ! Je suis trop loin ! »

Sur la berge, personne ne songe une seconde qu’il peut y avoir un bébé dans cette voiture apparemment vide. On se contente d’observer le spectacle un peu dérisoire de cet homme qui patauge pour porter secours à une voiture en perdition. Il y a même des rires et des encouragements goguenards.

« Allez, fonce ! Et si tu la repêches, tu pourras lui faire la respiration artificielle ! » Alain ne se rend pas compte de tout cela. Il avale trop d’eau pour pouvoir les appeler à l’aide. Et il ne pense qu’à arriver près de son fils. Dans la foule des badauds, une silhouette jaillit en gesticulant. C’est Liliane que les cris ont réveillée et qui s’est rendu compte du drame. Trois hommes ont compris enfin et se jettent dans le lac. Ils rejoignent Alain à deux mètres de la voiture qui sombre, mais c’est trop tard : il n’y a plus que le toit et une partie des vitres qui dépassent de l’eau. Et puis soudain, le miracle : avec un immense glou-glou, le reste de l’air accumulé dans la cabine s’expulse en repoussant la portière entrouverte. Une sorte de vague se forme à la surface, et avec cette grande bulle d’air apparaît… le panier d’osier. Des mains le saisissent, l’élèvent au-dessus des têtes… c’est à n’y pas croire : le petit Pierre est à peine mouillé, et il ne s’est même pas réveillé !

Revenu sur la rive, Alain Defrise s’effondre en sanglots contre la poitrine de sa femme. Puis soudain, il éclate de rire. Il vient seulement de se rappeler qu’il ne sait pas nager !

Depuis ce jour du mois d’août dernier, Liliane garde dans sa chambre, près de son lit, une relique dont elle s’est bien juré de ne jamais se séparer : un fragile panier d’osier qui ressemble beaucoup à celui d’une très vieille légende. Son mari, quant à lui, fait des pieds et des mains dans divers bureaux de l’administration pour faire changer officiellement le prénom de son fils et l’appeler Moïse. Mais allez donc expliquer à un employé de l’état civil une histoire de voiture dans un lac et la visite d’une étrange vieille dame habillée de noir dans la chambre toute blanche d’une clinique !

 

L’INCROYABLE VÉRITÉ

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 16:32

 

En 1952, un couple bien sympathique, autour de la cinquantaine, se promène du côté d’Hermé, dans la région de Provins. Il s’agit de M. et Mme Carmi qui semblent manifester un grand intérêt pour cette Champagne qu’ils visitent. Que cherchent-ils ? Quelque chose de bien ordinaire : tout simplement une petite maison de campagne susceptible d’abriter leurs vieux jours, d’accueillir leurs quatre enfants et les petits-enfants, présents et à venir. (Au total, ils en auront douze !) M. Carmi est officier supérieur de la Marine nationale. Sa femme est douce, cultivée, par moments mystique. Elle s’est consacrée avec amour et joie à son mari et à sa famille. Couple uni, sans histoires, qui ne se doute pas qu’il en aura bientôt au moins une, très extraordinaire. Pour l’heure, ils parcourent la campagne. Tout à coup, Mme Carmi aperçoit des ruines, près d’un château d’eau : des murs croulants au milieu d’un terrain vague. Elle s’immobilise et les montre à son mari. N’est-ce point là un lieu calme, un peu sauvage, propice au repos et à la méditation ? Pourquoi ne pas acquérir ces ruines et y organiser une maison ? M. Carmi se déclare aussitôt d’accord. Non simplement pour faire plaisir à sa femme mais parce qu’il aime l’endroit, lui aussi, même s’il ne se sent pas autant subjugué que son épouse. C’est ainsi que les Carmi se rendirent propriétaires de ces ruines et y bâtirent leur maison. Tout se passe sans problèmes jusqu’au jour où il est question de donner un nom à cette maison. Chacun lance en l’air une, deux, plusieurs propositions. Aucune ne satisfait pleinement Mme Carmi. Quelque chose – ou quelqu’un – lui souffle que le choix de ce nom n’est pas affaire secondaire, qu’il convient d’y bien réfléchir et de ne pas se précipiter.

Une nuit, Mme Carmi fait un rêve très étrange qu’elle racontera elle-même :

« C’était la première fois, écrit-elle, que je rêvais de ma belle-mère depuis sa mort. Mais, comme j’étais très liée avec elle, je n’en ai eu aucun étonnement. Elle m’est apparue telle qu’elle était les derniers mois de sa vie, et j’ai conversé avec elle comme avant. Elle m’a dit qu’il fallait appeler notre maison « la massenie », puisqu’elle avait été une « massenie » pendant plusieurs siècles. Ou alors, me dit-elle, appelez-la « la maison des arioles », en souvenir des « arioles » qui l’ont habitée durant cette période. Et surtout, n’oubliez pas de planter le rosier rouge et le rosier blanc qui ont toujours orné le seuil des massenies et qui sont les symboles du devoir et du sacrifice. »

Voilà. Voilà le message que reçut, une nuit, Mme Carmi de sa belle-mère. Les histoires de ce type posent toujours le même problème. Que la belle-mère de Mme Carmi lui ait réellement parlé, ou que Mme Carmi ait cru l’entendre, ne représente, finalement, qu’un aspect subalterne de cette question. Dans ces affaires, ce qui complique tout, c’est la suite. Que signifie une « massenie » ? Qui sont les « arioles » ? Ce sont des mots qui ne figurent même pas dans les dictionnaires. Autant il n’est pas raisonnable d’apporter crédit aux histoires de revenants, de fantômes, d’apparitions extraordinaires des ancêtres, la nuit, dans un nuage de vapeur blanchâtre, autant il ne serait pas courageux de refuser de regarder en face les conséquences étranges de certains de nos rêves. Mme Carmi est comme tout le monde : elle ignore le sens de ces mots. Mais elle l’apprendra dans de curieuses circonstances.

Dans la nuit du 1er février 1953, elle se voit tout à coup en un lieu singulier. Elle s’y voit distinctement. Elle y voit aussi d’autres personnes. Et ce genre de vision arrive à la plupart d’entre nous : nous voyons dans nos rêves apparaître des gens que nous connaissons bien et des gens que nous ne connaissons pas. Pourtant, on distingue les détails de leurs corps, de leurs vêtements, de leurs visages. On perçoit l’éclair de leurs regards, tout comme si nous nous trouvions en leur compagnie, dans la réalité. Cette nuit-là, Mme Carmi pénétra de la sorte dans ce que M. Lucien Barnier appelle « un univers parallèle ». Elle décrivit cet univers ainsi :

« Je suis dans une salle ronde faiblement éclairée. Je ne vois ni portes, ni fenêtres ni ameublement normal ; seulement deux bancs rustiques et de petits tabourets de bois. Des hommes sont là. Une quinzaine en tout. Leurs vêtements sont amples et faits de bure sombre. La plupart d’entre eux sont blonds, de type nordique ou germain. Quatre de ces hommes sont différents, du type classique des sémites méditerranéens. Ils disent que leur pays est l’Egypte. Ce sont des kabbalistes de la secte des Harodim. Un homme blond aux yeux très bleus est au centre de la réunion. Autour de son cou, une grosse chaîne et une croix à branches égales. Cet homme parle d’un voyage difficile, aux Indes. »

Cette « pénétration nocturne » dans un passé qui s’avèrera vieux de plus de six siècles se poursuivra désormais toutes les deux nuits. C’est au cours de l’une de ces « incursions » que Mme Carmi fera la connaissance de son guide, de son instructeur, le chevalier de Rampillon. Dans son rêve, elle le rencontrera dans l’église de Rampillon. Le lendemain, M. Carmi recherche ce village. Il le trouve, un peu en retrait de la route nationale Paris-Provins. Ni lui ni sa femme n’y avaient mis les pieds auparavant, et ils s’y rendent aussitôt. Mme Carmi découvre alors avec stupeur que l’église répond exactement à celle qu’elle a vue dans son rêve. Et le chevalier est effectivement inhumé là, près du baptistère. Elle commentera l’évènement en écrivant :

« Tout cela m’a incitée au recueillement. Les limites du temps s’effaçaient pour moi. Je me sentais devenir autre. J’entrevoyais un monde inconnu qui me troublait. »

Toutes les deux nuits, le chevalier de Rampillon lui raconta alors son histoire, celle qui se rapporte à la période de l’arrestation des Templiers, puis, après le règne de Philippe le Bel, vers 1320. Mme Carmi apprit ainsi, sans l’aide de livres, l’histoire des croisades de la bouche même du chevalier de Rampillon qui lui raconta ses voyages. Elle apprit aussi la signification des mots « massenie » et « ariole ». Après l’interdiction des Templiers, des hommes venus de tous les horizons se rencontrèrent à des carrefours spirituels qui groupaient vingt-six personnes : ils constituaient une massenie. Celle-ci était confiée à un responsable, désigné sous le nom d’ariole. Le signe distinctif des massenies était un rosier blanc et un rosier rouge. Les Carmi avaient acquis sans le savoir les ruines d’une massenie dont faisait partie le chevalier de Rampillon. Mme Carmi assista à de nombreuses réunions de cette massenie. Elle les décrivait le lendemain à son mari.  D’ailleurs, son étrange expérience a fait l’objet d’un livre publié aux éditions Robert Laffont, intitulé : Le Temps hors du Temps. Elle a noté les phrases entendues, les signes et les dessins observés. On retrouva l’un de ces dessins sur la paroi d’un souterrain de Provins, ce qui impressionna, à juste titre, tout le monde. Mais, le 19 septembre 1953, se produisit le fait le plus stupéfiant de tous. Ce soir-là, M. Carmi effectuait des travaux dans une cave éboulée. Et Mme Carmi fut soudain saisie du désir impérieux de descendre et d’aller voir les travaux. Elle raconta elle-même la suite :

« Au milieu de l’emplacement de la première marche, j’ai vu de petites lueurs bleues qui se mouvaient comme des lucioles. En même temps, je me suis sentie attirée par une force extraordinaire. J’ai insisté pour que mon mari creuse à cet endroit. Il ne voyait rien et me disait que c’était un reflet de la lune. Il a gratté une allumette pour me prouver qu’il n’y avait rien à cet endroit-là. Mais je me sentais tellement attirée que j’ai de nouveau insisté. En fouillant la terre avec ses mains, mon mari a senti quelque chose sous ses doigts et, avant qu’il me dise quoi que ce soit, j’ai ressenti comme une décharge électrique. Je suis partie en arrière en poussant un cri. J’avais presque perdu connaissance. Mon mari n’a eu que le temps de me retenir. A ce moment-là, j’ai senti que je renouais un contact. Dès que j’ai retrouvé mon équilibre, mon mari m’a dit qu’il y avait un objet, là où j’avais vu des lueurs bleues. Il a sorti de la terre un coffret. Nous avons réveillé notre fils pour lui montrer notre trouvaille. C’était un coffret fragile et léger en écaille roulée mesurant vingt centimètres de long, douze centimètres de large, et quatorze centimètres de hauteur. »

Ce coffret était orné de sculptures en argent. Il contenait un scarabée égyptien que le chevalier de Rampillon avait montré à Mme Carmi, une nuit, lors de l’un de ses rêves. Ce coffret existe. Ce scarabée aussi. Puis, Mme Carmi indiqua l’endroit où étaient enterrées des médailles. Elles furent exhumées. Elles existent aussi. Peu importent les doutes que peuvent légitimement susciter les « apparitions » de ce chevalier, car : comment expliquer ces découvertes ? Comment expliquer la présence sur la paroi d’un souterrain de Provins d’un dessin au préalable exécuté, chez elle, au lendemain d’un rêve, par Mme Carmi ? Il faut avouer que tout cela est bien étrange. Cela fait maintenant vingt-cinq ans* que Mme Carmi écoute régulièrement ce que lui révèle le chevalier de Rampillon. Son mari, esprit rationnel, explique à Lucien Barnier :

« J’ai tenu dans mes mains les objets annoncés, que nous avons trouvés là, dans cette cave éboulée. Que souhaitez-vous que je vous dise ? Que c’est extraordinaire ? J’en suis, en effet, convaincu. Que cela est incroyable ? Peut-être pour des gens regardant de l’extérieur. Pas pour moi qui ai collationné les dessins, les caractères étranges, les signes. Lorsque j’ai vu, sur l’un des murs du souterrain de Provins, ce dessin que vous voyez là, sur cette page d’un de nos cahiers, imaginez-vous ce que j’ai ressenti alors ? »

Et Lucien Barnier de se poser la question : « Mme Carmi est-elle un médium qui aurait été pris au hasard pour transmettre quelque message, ou bien a-t-elle simplement plongé dans une existence antérieure ? » L’intéressée choisit la deuxième hypothèse, sans hésitation.

« Certains évènements, dit-elle, me semblent moins présents, si bien que j’ai l’impression d’en avoir eu connaissance par des intermédiaires. Mais la plupart des scènes que m’a montrées le chevalier de Rampillon, je les ai vécues personnellement. »

Les hommes comprendront-ils jamais ces phénomènes ? Trouveront-ils, pour les aborder, une voie médiane entre le rire et la peur, entre le scepticisme intégral et la superstition ? Ne pas rejeter systématiquement et avec horreur ce que l’on ne comprend pas : telle pourrait être une devise honorable. En tout cas, comme Lucien Barnier, « nous avons envie de nous frotter les yeux, de nous pincer, pour être bien sûrs de ne pas être emportés à notre tour dans quelque voyage hallucinatoire. »

 

*Cette histoire a été racontée sur les ondes en 1978

 

L’INCROYABLE VERITE

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 16:13

 

Originaire de Springfield, petite communauté rurale du Colorado, j'ai grandi au sein d'une famille athée. On m'a enseigné à porter sur le monde un jugement rationnel. Mes parents m'ont toujours dit que les dieux, fantômes, ovni, et autres manifestations psychiques n'étaient que des sornettes. Je les croyais; jusqu'à l'âge de 12 ans où je fus témoin de quelque chose qui changea ma vie.

C'est arrivé au début de l'automne en 1967. J'étais tout seul, assis devant notre téléviseur noir et blanc, et je regardais ma série préférée, Combat : Vic Morrow et ses hommes tiraient sur les Allemands depuis les ruines d'une vieille maison de ferme construite en briques. La série fut interrompue par la publicité. Quand elle reprit, je remarquai un changement. Trois hommes noirs se battaient avec les soldats et bizarrement ils se trouvaient maintenant en pleine jungle. Les soldats allemands étaient devenus des Asiatiques, Vic Morrow avait disparu et c'était un jeune rouquin qui donnait les ordres.

Cela m'agaçait. De toute évidence, un employé s'était trompé de bobine. Au lieu de projeter la suite de Combat, la chaîne diffusait un film de guerre où l'on se battait contre les Japonais. Je me levai donc, avec la ferme intention d'éteindre le poste. A ce moment-là, celui qui commandait la section attira mon attention. Il avait les cheveux roux ! Et la jungle état verte ! La scène était en couleurs, alors que nous avions un téléviseur noir et blanc !

Arrêté net dans mon élan, sidéré, j'entendis le soldat aux cheveux roux, qui paraissait tout juste sorti de l'adolescence, dire à ses hommes de foncer dès qu'il se mettrait à tirer. Puis je le vis ramper sur le ventre et dans la boue jusqu'à ce qu'il parvienne à une petite colline. L'adolescent se leva, à découvert, et tira une rafale avec son fusil. Presque tous les soldats ennemis répliquèrent en vidant leurs chargeurs. Son corps fut réduit en charpie.

Soudain mon étonnement fit place à l'horreur. Ce garçon aux cheveux roux qui se faisait trouer la peau, c'était Frank, mon frère ! Je courus à la cuisine pour le dire à ma mère, mais lorsque je lui montrais l'écran du poste de télévision, les images étaient revenues au noir et blanc, et Vic Morrow faisait à nouveau la guerre aux Allemands.

Quand mon père revint de son travail aux champs, je lui racontais ce que j'avais vu. Lui et ma mère finirent par me convaincre que j'avais dû m'endormir, que Frank allait très bien, et que rien n'allait lui arriver. J'avais fait un mauvais rêve.

J'oubliai cet incident jusqu'à ce jour où, quelques semaines plus tard, deux militaires frappèrent à notre porte. Ce fut ma mère qui alla ouvrir. Lorsque je l'entendis pleurer, j'allai au salon voir ce qui se passait. J'appris alors que Frank avait été tué. Les militaires nous dirent qu'il avait fait le sacrifice de sa vie pour sauver son peloton. Mon frère état un héros, et le gouvernement fit don à ma famille d'une toute petite médaille.

Deux mois après les funérailles, je reparlai à mes parents de ce que j'avais vu sur l'écran de télévision. Ils se fâchèrent et me défendirent de dire un seul mot à ce sujet. Je renonçai donc définitivement à leur en parler.

Depuis ce jour ma vie a changé du tout au tout. Mon athéisme a fait place à une passion pour le religieux et les sciences occultes. Et je ne suis plus seul quand je regarde la télévision.

 

Wyatt Clay Kaldenberg, Idaho Falls, Idaho, août 1987

From the Files of Fate Magazine

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 16:48

 

Rosa Kuleshova naquit en 1941 à Nijnii Taghil, ville située au coeur de l'Oural, entre Perm et Sverdlovsk. Plusieurs de ses parents étaient atteints de cécité congénitale, et tout naturellement, après son travail scolaire, l'enfant, au cours des longues soirées familiales, apprit à lire le braille avec ses doigts.

Il fut bien vite évident qu'elle possédait un système nerveux et sensoriel extraordinaire, car bien que dotée d'une vue parfaitement normale par ses yeux, elle voyait aussi avec le bout de ses doigts et même par chaque fibre de sa peau.

Une tare héréditaire modifiant les facultés physiologiques était-elle cause de l'anomalie ? Cette tare avait-elle déterminé une sorte de mutation cellulaire ?

C'est ce que pensent les médecins de l'Institut de Neurologie de Moscou qui, en 1963, étudièrent le cas de Rosa Kuleshova, hospitalisée dans leur service pour des crises d'épilepsie.

Le docteur Isaac Goldberg constata avec stupeur que Rosa lisait du bout du doigt (avec le majeur droit), non seulement les caractères brailles imprimés en relief, mais aussi les textes écrits à l'encre ou imprimés sur un livre ou sur un journal.

Des expériences furent effectuées sous le contrôle des médecins de l'Institut, afin de déceler une supercherie.

On banda soigneusement les yeux de la jeune fille. La lecture visuelle ne pouvait s'exercer par l'espace compris entre le foulard et les joues, trucs habituels des illusionnistes.

Rosa, en effleurant chaque ligne avec un doigt, lut d'abord les titres d'un journal disposé devant elle, puis à haute voix, lentement, mais sans marquer de temps d'arrêt, elle déchiffra tout le texte d'un article.

Le test était probant : il n'y avait nulle fraude, mais la plupart des assistants pensa que le doigt intelligent, sensible, tâtait et discernait le relief infime de l'impression par encrage. On plaça une plaque de verre sur le journal et Rosa ne put lire les petits caractères en corps 8 ou 10, mais elle lut parfaitement les gros titres dont les lettres étaient espacées.

Il s'agissait donc bien de vision par la peau et non de sensibilité extrême d'un épiderme doté d'un réseau nerveux exceptionnel.

La preuve devint plus évidente encore quand on présenta au doigt des photos qui furent formellement identifiées.

- Je vois, dit Rosa, des soldats qui marchent sur une place publique. Ils ont des casques et des fusils. Des avions les survolent... Cette autre photo représente des gens qui déjeunent au bord d'une rivière. Sur celle-ci, je vois un homme âgé. Il a une forte moustache et trois décorations sont épinglées sur sa poitrine.

Elle décrivit fidèlement une photo en couleurs, désignant le vert des arbres, le bleu du ciel, le gris et le rouge des costumes.

Des feuilles de papier diversement teintées furent identifiées avec facilité :

- Cette page est bleue... cette page est rose... cette autre jaune, celle-ci blanche, celle-ci noire, marron, verte, rouge.

Avec des lumières projetées sur un écran, le test se révéla aussi probant, le sujet" voyant" non plus avec son doigt, mais sans doute par la peau de son visage et de son corps, de la même façon, mais en plus nuancé, que les vers de terre, naturellement privés d'yeux, distinguent la lumière et les intensités d'éclairement.

D'autres expériences montrèrent que Rosa pouvait lire et voir les couleurs avec le bout de son nez et avec sa langue.

Avec ses doigts de pied, elle lisait aussi couramment qu'avec son majeur droit, effleurant le texte soit avec le gros doigt soit du bout délicat de ses autres orteils.

Ces phénomènes pouvaient s'expliquer de deux manières : ou bien Rosa lisait avec sa peau pourvue de cellules nerveuses inconnues et sensibles à la lumière; ou bien elle "voyait" avec son sensorium, comme les médiums et les voyantes.

De toute façon, un mystérieux inconnu entrait en jeu, soit avec les yeux des cellules de l'épideme, soit avec le Troisième Oeil.

Le cas n'est pas unique et de tout temps des phénomènes semblables furent enregistrés. Dans un hôpital de Bangkok, en Thaïlande, on apprend sous hypnose aux jeunes aveugles à distinguer les contours des objets par réception directe des images-lumière sur la peau des joues.

Les biologistes ne sont pas éloignés de croire que chaque cellule du corps humain est un microcosme comportant en puissance toutes les destinations possibles et toutes les spécialisations fonctionnelles. Sont-ce ces pouvoirs inconnus qu'utilisent certains êtres d'exception monstrueusement développés ou que cultivent les initiés à l'ésotérisme transcendant ?

 

Robert Charroux, Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 17:25

 

Cette journée d'octobre 1910 était plutôt maussade. On m'avait confié la garde de ma petite soeur pendant que mes parents étaient allés au verger, situé à une dizaine de miles de notre petite maison à Earlington, dans l'état de Washington.

Je regardai mon père conduire la charrette et s'éloigner, me sentant seule et à l'écart. La cueillette des pommes dans notre communauté était l'évènement de l'année et j'y avais toujours pris part. Mère avait hésité à emmener la petite Susan aux cheveux carotte car il faisait mauvais temps. Cela signifiait que je devais la garder au lieu de m'amuser, et pire encore, être privée de poulet rôti et d'autres bonnes choses qu'on aurait disposées sur les tréteaux à l'ombre des pommiers.

Mère m'avait laissé une longue liste de corvées, et ses dernières paroles furent : "Prends bien soin de Susan, et allume un bon feu dans le poële de la cuisine de sorte que je puisse me mettre à table sitôt rentrée." Puis après une tape affectueuse elle monta aux côtés de Papa et de mes plus jeunes frères et peu après, je les perdis de vue.

Le temps passait vite à m'acquitter de toutes ces corvées, et bientôt je n'avais plus rien à faire. Il ne me restait plus qu'à m'asseoir et attendre le retour de la charrette en surveillant la route. Cette journée semblait ne jamais finir. La maison paraissait vide et lugubre, et des ombres noires étaient tapies dans tous les coins. Il se mit à pleuvoir et à 16 h 30 il commençait à faire sombre. Je pris Susan dans mes bras et rentrai à la maison pour m'asseoir dans la cuisine près du poële. Je la serrais dans mes bras, et me berçais, d'avant en arrière, attendant impatiemment le retour de la grande charrette. Même la lumière de la lampe à kérosène ne parvenait pas à dissiper la morosité qui avait envahi la pièce. Je ne pouvais pas m'ôter cette idée de ma jeune tête que quelque chose de terrible allait arriver.

Il était déjà 5 heures lorsque j'entendis le crissement familier des roues de la charrette dans l'allée. Puis, me rappelant l'ordre de Mère d'allumer un bon feu, je déposai Susan par terre, et j'entrepris de mettre du bois dans la grille du gros poële. Je levai le couvercle et jetai des morceaux de bois sec sur les braises de charbon. Des flammes jaillirent et juste au moment où je jetais le dernier morceau de bois dans la grille, le cri de quelqu'un à l'agonie s'éleva lentement dans l'air. Les flammes s'élançaient haut au-dessus du poële et l'on y distinguait nettement un visage d'homme, que je reconnus, grimaçant de douleur. Cette apparition demeura visible dans les flammes tout le temps que dura le cri. Ensuite les flammes baissèrent d'intensité, jusqu'à atteindre le niveau de la grille. Incapable du moindre mouvement et devenue muette, je regardais mon père, qui était pâle comme un mort. Il avait entendu et s'était précipité à l'intérieur pour voir ce qui se passait.

Ce fut Mère qui nous ramena à la raison. "Qu'est-ce que tu attends pour rabattre le couvercle, tu veux mettre le feu à la maison ?" ordonna-t-elle. Elle était pâle, elle aussi, car elle avait aussi vu, et reconnu, le visage dans les flammes. Papa s'épongea la figure et rabattit le couvercle. "Il est arrivé quelque chose à Ned", dit-il enfin. "Quelque chose de terrible !"

En ces temps-là, les communications n'allaient pas vite et nous attendîmes près de deux semaines pour avoir des nouvelles de Little Rock (Texas). Oncle Ned Clinkingbeard avait péri dans l'incendie qui avait détruit sa cabane en rondins, le 12 octobre 1910, à 17 heures. L'heure exacte à laquelle nous avions vu son visage dans les flammes de notre poële et entendu ses hurlements d'agonie, à des milliers de miles de là.

 

Kay Norton, Fontana, Californie, septembre 1964

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 18:40

 

Mes grands-parents résidaient dans le nord du Missouri à la fin du XIXe siècle. A cette époque les migrations vers l'Ouest s'effectuaient par convois de diligences et à flots continus. 

Il arriva qu'un jour une diligence emprunta le chemin de terre qui menait à la ferme de mes grands-parents. Les passagers étaient un couple avec deux petits enfants.

Tirant sur les rênes des chevaux, l'homme arrêta la diligence dans un nuage de poussière. Toujours emballés d'avoir de la visite, Grand-père et Grand-mère coururent à leur rencontre.

"Nous nous sommes perdus !" dit l'homme à mon grand-père. "Nous faisions partie d'un convoi mais nous avons dû nous arrêter quelques minutes à cause des enfants. Les autres diligences ont continué à rouler, et en repartant nous avons dû prendre la mauvaise direction, car nous ne les avons pas vues de la journée !"

Grand-père les pria de rester un moment, mais l'homme lui dit qu'ils n'avaient pas de temps à perdre s'ils voulaient rattraper les autres. Alors Grand-père lui indiqua le chemin à suivre pour rejoindre la route principale. Tout en nous souriant et agitant la main, lui et sa famille se remirent en route.

- Pour une fois, tu n'as pas été très bavarde, dit Grand-père à son épouse.

Grand-mère, qui avait le sens de la répartie, était restée étrangement muette.

- J'ignorais que tu parlais allemand, dit-elle en fronçant les sourcils.

- Allemand ? Mais je ne parle que l'anglais, dit Grand-père. Qu'est-ce que tu racontes ?

- Eh bien, je ne suis pas sûre que c'était de l'allemand, mais ça y ressemblait, en tout cas. Voilà pourquoi je ne disais rien. Je ne comprenais rien de ce que vous disiez !

Lorsque mes grands-parents racontaient des histoires, c'était toujours avec crainte. Comment était-ce possible ? Comment Grand-père avait-il été capable de discuter dans une langue inconnue de lui ?

Nous n'avons jamais pu savoir si cette famille a pu rejoindre son convoi et arriver à bon port. Toujours est-il que mon grand-père avait fait son possible pour lui apporter une aide amicale.

Je crois que, lorsque l'on éprouve de l'amour et de l'empathie pour les autres, rien n'est impossible. Même l'incroyable faculté de parler une langue étrangère !

 

Cecilia Erkurd, Bentonville, Arkansas, mai 1997

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 15:56
 
En 1990, je tombai enceinte de mon second enfant. Cette nouvelle m'emplit de joie et de bonheur, mais après quatre mois de grossesse les problèmes commencèrent, car on me diagnostiqua une rupture placentaire.
Pendant un mois et demi, je ne faisais qu'entrer et sortir de l'hôpital. Puis, sans crier gare, je fus prise de contractions. Les complications ne s'arrêtaient pas là, et le bébé devait absolument sortir, car autrement ma vie aurait été en danger.
Je donnai le jour à une fille qui pesait dans les cinq cents grammes. Nous l'appelâmes Jessica. Bien trop petite, et inachevée, pour survivre, elle s'éteignit au bout de deux heures.
Plusieurs années plus tard, je me mis à faire du babysitting pour mon neveu, Seth. Il passait la nuit chez moi, car ma soeur, Chris, travaillait de nuit.
Tout alla bien pendant quelque temps, mais une nuit je fus réveillée par les cris de ma fille Mélissa. Je me levai. Après l'avoir calmée, je regagnai ma chambre.
Tout à coup, je vis un petit enfant courir près du canapé et entrer dans la cuisine.
Je supposai tout naturellement que c'était Seth. Je l'appelai, mais l'enfant courait toujours. Je le suivis dans la cuisine, prononçant le prénom de Seth, mais l'enfant avait disparu. Je croyais qu'il cherchait à se cacher; je regardais donc sous la table, à côté du réfrigérateur, et ensuite du côté de la machine à laver.
Comme il continuait à m'échapper, j'eus l'idée d'inspecter le canapé. Seth était allongé dessus, dormant à poings fermés. La peur s'empara de moi, et je retournai en vitesse me coucher auprès de mon mari. Peu après, je m'endormis.
Pratiquement une semaine plus tard, je fus à nouveau réveillée par les cris de Mélissa. J'entrai dans sa chambre et lui donnai une sucette avant de la recoucher dans son lit. En sortant de la pièce, je revis le petit enfant près du canapé, là où dormait Seth.
Mais cette fois je pus voir que c'était une fillette aux cheveux bouclés. Elle avait à peu près la taille d'un nourisson âgé de dix-huit mois, l'âge de ma fille si elle avait vécu. En la voyant, je me figeai sur place. J'étais bouleversée.
Elle entra de nouveau dans la cuisine. Je ne la suivis pas cette fois, parce que de là où je me tenais, j'avais un oeil sur mon neveu qui dormait.
Je retournai dans ma chambre et réveillai mon mari, afin de lui raconter ce qui venait de se passer. Il me prit pour une folle, mais je suis sûre de ce que j'ai vu. Toutes les nuits qui suivirent, je dormais la lumière allumée.
Je ne l'ai plus revue, et je l'oubliai. Jusqu'à ce que, deux mois plus tard, mon neveu décède brusquement en tombant de son cheval, qui le piétina. Il mourut presque instantanément d'une rupture de la rate.
Après quoi je me posai des questions au sujet de cette fillette : que faisait-elle dans ma maison, près du canapé, là où mon neveu avait dormi ? S'agissait-il de Jessica, attendant le départ de Seth, pour l'emmener avec elle ?
Un an et demi plus tard, ma grand-mère, Eleanor, qui habitait ma maison au rez-de-chaussée, se réveilla de sa sieste et aperçut, stupéfaite, une fillette courant devant elle. Lorsqu'elle se rendit compte que cette enfant était introuvable, elle mit cela sur le compte d'un mauvais rêve.
En décembre 1992, ma grand-mère mourut d'une thrombose (caillot de sang). Cinq mois seulement après avoir vu cette fillette.
Je ne sais pas vraiment pourquoi cette enfant était là ni qui elle était, mais j'aimerais croire que c'est Jessica. Peut-être était-elle un ange gardien venue chercher ceux qui allaient partir.


=> Histoire tirée du recueil d'histoires paranormales, Strange but True (édité par C. Kenner et C. Miller).

 

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 16:13

 

Pendant mon enfance, j'avais fréquemment entendu les adultes parler de ces couronnes de plumes que l'on disposait sur les oreillers sur lesquels quelqu'un était mort. Ils étaient convaincus que c'était une preuve que cette personne était allée au Ciel. Je me demandais si c'était vrai, parce qu'il semblait qu'à chaque fois ils racontaient qu'Untel en avait vu une, alors qu'eux-mêmes n'en avaient jamais vues.

Un jour, alors que mon demi-frère Luther et moi effeuillions le tabac, nous entendîmes soudain ma mère crier à plein poumons. Nous n'avions aucune idée de ce qui se passait. Au début nous croyions que la maison était en feu. Nous parvînmes tout de même à la calmer, et elle put enfin nous expliquer.

Toujours en pleurant, et un peu moins hystérique, elle nous dit qu'elle avait trouvé une couronne de plumes sur l'oreiller, sur lequel mon frère Ernest était mort, à l'âge de sept ans.

Cette fois, enfin, j'eus l'occasion de voir une de ces couronnes de plumes dont j'avais tant entendu parler. Elle était ronde, d'un diamètre d'environ 8 cm, et d'une épaisseur d'environ 2,5 cm. Toutes les plumes ainsi que leurs tiges pointaient dans la même direction en formant un cercle. Je ne crois pas qu'un simple mortel serait capable de faire une couronne de plumes aussi parfaite. Nous avons conservé cette couronne de plumes pendant vingt ans au moins. La dernière fois que je l'ai vue, elle était comme au premier jour. Pas une plume de travers. Aujourd'hui, je sais que de telles couronnes ne sont pas des légendes, et j'espère qu'Ernest est au Ciel.

 

Chester B., Gillespie, Corinth, Kentucky, août 1964

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 15:36

 

Lorsque ma soeur distingua l'image d'une femme sur le mur de la salle à manger en mars dernier, son fils lui fit remarquer qu'elle lui ressemblait. La nuit venue, elle se rendit compte que son fils avait raison, et elle rêva qu'elle était prisonnière à l'intérieur du mur à l'endroit même où l'on voyait cette image. C'était comme si une grande force l'empêchait de bouger.

Au matin, elle examina de nouveau cette image. Puis, sur un coup de tête, elle décida d'inspecter la totalité du mur. Il y avait un miroir à gauche, et elle décida de l'enlever. Elle put voir alors qu'une autre image se détachait nettement, infiniment plus grande que la première. Elle représentait un démon. Ce démon avait une tête d'animal, qui tenait à la fois du lapin et de l'âne. Mais ses épaules et la partie supérieure de son corps - c'était tout - ressemblaient à celle d'un homme gigantesque. La tête n'avait qu'un oeil; un oeil très mauvais, et qui paraissait vivant. Une semaine après cette découverte, son fils de dix-huit ans découvrit que treize ans auparavant, il avait été abusé par son beau-père.

Le 20 mars, ma soeur m'invita chez elle afin que je voie par moi-même. Sur ma proposition, elle aspergea le mur d'eau bénite. Puis elle trempa des serviettes en papier dans cette eau et récura le mur. Et nous restions là, à observer, pendant que le papier peint, de couleur ocre et fanée, était en train de sécher. Les images étaient toujours là, et cette fois, l'oeil du démon nous fusillait du regard.

Ces images sont plus sombres que le reste du papier peint et sont délimitées par une ligne extérieure jaune pâle. Par trois fois, ma soeur avait gratté le mur avec de l'eau et du savon, et à chaque fois elles étaient revenues, moins prononcées mais toujours visibles. L'oeil mauvais du démon, cependant, était moins net.

Au dernier lavage, toutefois, deux paires d'yeux supplémentaires jaillirent de la tête du démon, deux yeux tels ceux d'un humain, les autres tels ceux d'un animal, rapprochés, tristes et à l'affût, et plutôt méchants.

Que signifiaient ces représentations ? L'image du beau-père dans une attitude obscène est apparue au plafond de sa chambre. Nous sommes sûres que ces dessins ont un rapport avec ce qui est arrivé à mon neveu. Ma soeur est allée voir la police, mais on lui a déclaré que le crime resterait impuni après toutes ces années de silence. Elle ne peut pas déménager parce qu'elle est malade. La vengeance et la justice doivent rester entre les mains du Tout-Puissant.

 

N. M., Los Angeles, Californie, mars 1965

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 10:30

 

 

Merci à Dhyân Chohan pour avoir mis ce super reportage !

 

 

 


 

 

 


 

 

 


 

 

 


 

 

 


  
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