A deux ans à peine, ma nièce Pammy n'était pas une enfant comme les autres, à bien des égards. Ses cheveux bouclés et brillants seyaient à sa personnalité et son intelligence était telle qu'elle donnait l'impression d'être plus âgée. Et elle était heureuse. Jusqu'à ce que ses parents déménagent.
Connie et Dan avaient été ravis de repérer une vieille maison imposante à Terre-Haute, dans l'Indiana, avec des chambres spacieuses pour héberger leur famille qui s'agrandissait. Pammy était leur cinquième enfant et ils en attendaient un sixième. Le jour où ils emménagèrent, les parents de Pam découvrirent, affolés, un ours en peluche en train de se consummer dans le grenier de la nouvelle maison, mais pris par leur installation ils oublièrent aussitôt l'incident. Cependant, les faits qui suivirent donnèrent à croire que ce n'était pas de bon augure.
Dans cette maison, Pammy se mit à faire d'affreux cauchemars et à avoir des visions, ce que tout le monde mit sur le compte d'une imagination débridée. Souvent, aux petites heures du matin, se serrant contre sa poupée de chiffons bien-aimée, Pammy venait pleurnicher au lit de sa mère.
"Maman, il m'a poussée hors du lit. Il ne me laisse pas dormir et il essaye de me prendre ma poupée !"
D'autres fois, au milieu de la journée, Pammy se précipitait dans la cuisine en s'exclamant : "Maman, il m'a tiré les cheveux et il m'a pincée !" Elle était incapable de le nommer, mais elle avait l'air de dire que c'était toujours le même homme, jamais une femme. Une fois elle nous dit que son enquiquineur de visiteur était grand et vieux comme "Pappy" (c'est ainsi qu'elle appelait son arrière-grand-père), et qu'il avait environ 70 ans.
Certaines fois, ces expériences étaient tellement perturbantes que Pammy en devenait presque hystérique : des gouttes de sueur se mêlaient aux larmes qui coulaient sur son visage. D'autres fois, quand on lui demandait de parler de ces visites, elle refusait d'en discuter et haussait les épaules.
Connie et Dan étaient d'avis que la télévision était par trop stimulante pour Pam ou que peut-être elle jouait trop souvent seule. Elle avait besoin de plus de compagnie de façon à ce que ses inquiétantes mises en scène ne se répètent plus. Toutefois, leur sollicitude ne l'empêcha pas de se réveiller la nuit, terrorisée.
Il arriva qu'un après-midi ensoleillé de mars 1961, Pammy faillit se faire tuer par son agresseur invisible. Elle se tenait debout au milieu de la salle à manger lorsque soudain l'air retentit de ses cris de panique. Connie arriva en courant, et elle vit que tout son petit corps était en feu ! Les flammes jaillissant de l'ourlet de sa jupe la recouvraient totalement.
Elle souffrit d'horribles brûlures, et son corps fut atteint à plus de 75 %, nécessitant des mois d'hospitalisation et plusieurs greffes de peau. Malgré ses atroces souffrances et ses cauchemars induits par les médicaments, Pammy ne pleura pas une seule fois, mais elle répétait souvent : "S'il te plait, Maman, ne le laisse pas me faire encore du mal."
Une inspection minutieuse de la salle à manger ne révéla rien qui puisse expliquer cet incendie. Mais pendant qu'elle était à l'hôpital Saint-Anthony, oscillant entre la vie et la mort, j'entendis une étrange histoire qui, je crois, explique ce tragique évènement.
Je travaillais à l'hôpital en tant qu'aide-soignante. Il n'était pas rare de partager sa table avec un parfait étranger quand on allait boire un café. Un jour, j'étais assise face à une aide-soignante âgée que je ne connaissais pas, et comme cela arrive souvent au sein du personnel hospitalier, nous nous entretenions de nos patients tout en nous plaignant de ceux qui étaient particulièrement méchants. Je n'oublierai jamais ses paroles lorsqu'elle me dévoila malgré elle le mystère se rapportant à la maison de ma soeur et l'accident de Pammy :
- De tous les gens méchants qu'il y a au monde, dit-elle, j'avais un voisin qui les battait tous, le vieux monsieur Clayton. Je ne risque pas d'oublier ce vieil homme. Il détestait tout, et par dessus tout, les gosses. En fait, il a juré que si un enfant habitait jamais dans sa maison, les parents le regretteraient. Vraiment, il était fou. Si quelqu'un pouvait revenir pour hanter sa maison, ce serait lui. Il est mort l'an dernier, une mort horrible, et je crois bien qu'il l'a méritée.
Elle fit une pause pour siroter son café, puis elle reprit :
- Il est mort brûlé dans son lit.
J'en eus l'estomac tout retourné. Il fallait que je sache :
- Où habitait M. Clayton ?
Oui, George Clayton avait vécu dans la grande et vieille maison de Connie ! En posant d'autres questions, je parvins à savoir que le lit de mort de ce monsieur se trouvait dans la pièce que Connie et Dan utilisaient comme salle à manger, exactement là où Pammy avait été brûlée.
Etait-ce vraiment pure coïncidence ? Ou bien un vieil homme aigri avait-il exercé sa vengeance depuis sa tombe ?
Judith E. Dixon, Safety Harbor, Floride, mars 1972
Compilé par Fate Magazine



