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Visiteurs curieux



2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 17:15

 

J'avais 25 ans à l'époque des faits, et je rendais visite, chaque vendredi, à mes parents. Comme ils étaient en mal de verdure, ils cherchaient un terrain pour y stationner leur caravane, et c'est dans la grande cour d'une ferme, située à 15 ou 20 km de chez eux qu'ils trouvèrent leur bonheur. Ils s'y rendirent donc plusieurs fois.

Le vendredi après-midi, j'allais voir ma mère, et toutes deux nous allions là-bas, bientôt rejointes par mon père sitôt son travail terminé. Nous soupions ensemble, et je repartais ensuite avec mon deux-roues. 

Quelques incidents commencèrent pourtant à faire tâche dans ce tableau idyllique et bucolique.

Il y eut d'abord cette histoire de picots (petites dindes) qui s'étaient fait dévorer par un renard. Pas moins de 25 (bigre, quel appétit) !

Mes parents avaient un berger allemand, et cela donna une idée aux fermiers, qui espéraient être dédommagés par les assurances. Et c'est ainsi que mes parents virent débarquer dans leur appartement la fille de ces derniers, âgée d'une trentaine d'années, venue chez eux les supplier d'accuser leur chien.

Lorsque le vendredi suivant, je fus mise au courant, mon sang ne fit qu'un tour. J'expliquai à ma mère que s'ils cédaient à leur requête, d'une part c'était malhonnête, mais d'autre part le chien serait placé en quarantaine, le temps de vérifier s'il n'était pas porteur de la rage. La pauvre bête (vaccinée) aurait été déclarée dangereuse, car sujette à des accès de folie, et en conséquence abattue. Impensable pour moi, qui avais élevé et dressé cet adorable toutou !

Dès que mon père revint du travail, je lui demandai des explications. Il me confirma les propos de ma mère. Eux qui affichaient d'habitude une grande prudence, quand ils n'étaient pas carrément soupçonneux, étaient comme paralysés. Je poussai donc mon père à téléphoner. Il me paraissait à ce moment-là ferme et décidé. Quelle ne fut pas ma surprise de l'entendre parler d'une voix mielleuse, si éloignée de sa vraie nature, franche et déterminée ! Il se contenta de rapporter bêtement mes propos.

Terriblement déçue, je décidai de rester jusqu'au retour de mon jeune frère. Je le mis en garde, et lui arrachai la promesse qu'il me confierait le chien si les choses prenaient un tour fâcheux.

Le vendredi suivant, je décidai de rendre visite à la propriétaire du terrain. J'y allai avec ma mère. Elle qui, de nature égoïste, était indifférente au sort des autres, s'était prise de "faiblesse" pour cette pauvre fermière. Elle lui offrait des écharpes, allant jusqu'à lui acheter des produits de sa ferme à des prix exorbitants. Mon sentiment fut très mitigé à l'égard de la "pauvre femme".

Et puis, dans les semaines qui suivirent, ma mère me raconta des choses bizarres : la fille aînée qui se battait violemment avec son mari dans l'autre caravane, des vaches qui se détachaient seules, la nuit, la seconde fille se postant à l'angle du chemin aux heures précises du retour de mon père (sur le terrain), et ce quel que soit le temps ! J'étais bien obligée de constater étant donné que nous étions dans la caravane et que mon deux-roues était caché sous la bâche de l'autre côté.

Un vendredi, je vis la mort de près lors d'un accident que je résume brièvement. Je roulais sur la route menant à la ferme, il y avait une auto derrière moi, une en face, et une à gauche. Alors que je me trouvais au milieu de la route, prête à tourner à gauche, une quatrième auto percuta les autres. J'ai vu la scène au ralenti. Le choc fut si violent qu'il immobilisa les autres voitures. Et ce fut moi, avec mon deux-roues, qui dus faire demi-tour afin d'appeler les pompiers. La ferme était si proche que ma mère entendit les sirènes. Etant donné l'heure, elle pensa immédiatement à moi.

Une autre fois, elle me dit en tremblant que mon père, d'ordinaire si soumis, s'était mis à lui crier dessus. De peur, elle avait cassé son bracelet, qui s'était retrouvé coïncé dans la poignée de la porte. Elle qui ne pleurait jamais, paraissait au bord des larmes, tandis que mon père était indifférent. Leurs rapports se dégradaient de semaine en semaine. Jusqu'au jour où je reçus un coup de fil de mon père : ma mère était à l'hôpital car elle avait tenté de se suicider. Lui ne ressentait aucune émotion.

Elle y resta huit jours. Elle pleurait la plupart du temps, tout en se balançant et fixant le mur de sa chambre. Mon père craignait qu'elle ne recommence, mais il devait aller travailler. Il fallait occuper ma mère, et un vendredi après-midi, une idée me vint à l'esprit : lui organiser un planning de rendez-vous. Tel jour, visiter Mme T, tel jour Mme K, etc... lesquelles étaient ses amies. Puis, cherchant dans ma mémoire, je me souvins d'une gentille dame âgée, Mme D., qui lui rappelait quelque peu sa grand-mère. A ma grande surprise, elle accepta !

Je fus encore plus surprise, le vendredi suivant, de voir ma mère debout, sur le seuil, babillant, et m'attendant impatiemment, tellement il lui tardait de me faire part de sa visite à Mme D. Elle était métamorphosée. "J'approchais de la barrière", me dit-elle, "lorsque Mme D. est sortie en courant, et elle s'est exclamée : "Ma fille, comme je suis contente de te voir ! Je craignais qu'il t'arrive un grand malheur ! Viens, entre, et raconte-moi."

La brave dame lui avait demandé une photo, ainsi qu'un fichu, de façon qu'elle puisse renvoyer le mal. Elle lui avait reproché, entre autres, de s'être laissée aller à lui donner des objets personnels. Le changement qui s'était opéré chez ma mère nous étonnait tous.

Une fois rentrée chez moi (après le dîner), je brulai les plumes (qui servaient à confectionner des masques) que l'on avait prélevées sur les poules de la fermière, après les avoir mises au préalable dans une boîte de conserve. J'appelai ma soeur, et la mettai en garde. Ce à quoi elle répondit stoïquement : "T'inquiète ! Nous avons un oeil qui veille sur nous ici, sur mon fils et moi !" Je recommandai la prudence à mon frère, et je pus enfin aller me coucher.

Le vendredi suivant, ma mère m'accueilit, surexcitée, et me raconta qu'au cours de la semaine, mon père s'était levé la nuit pour aller boire. En allumant la lampe de chevet, il avait découvert du sang sur le lit, à l'endroit où elle dormait. Pris de frayeur, il l'avait secouée. Même son oreiller était maculé de sang, et chaque tâche était marquée en son centre par une tâche plus sombre comme si elle était coagulée ! Il y en avait jusque sous l'oreiller, et les draps n'étaient pas épargnés ! Mon père me confirma ses dires, en apparté. Il avait examiné ma mère de pied en cap, s'attendant à voir une trace de blessure ou de griffure, mais rien !

Elle retourna voir Mme D. le lendemain, et cette dernière lui affirmait avoir renvoyé le mal. Le week-end suivant, je proposai à mes parents d'ôter la caravane du lieu, et de payer leur dû. Je dus les accompagner car aucun des deux ne se sentait le courage d'aller la voir.

Mon père redevint lui-même dans les jours qui suivirent, c'est-à-dire l'homme ferme et déterminé que je connaissais.

Le vendredi suivant, ma mère me montra un article du journal local. Pendant la semaine où le "choc en retour" avait eu lieu, il s'était produit un drame, impliquant l'usage d'une arme à feu, dans cette fameuse ferme. Si je ne l'avais vécue moi-même, cette histoire m'aurait amusée, et je l'aurais considérée comme une mauvaise blague. Aujourd'hui encore, j'ai parfois peine à y croire.

 

Masquerytte    

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commentaires

Sophia 15/01/2017 19:24

Bonjour,

C'est une histoire vraie? En quelle année?

Passiflore 19/01/2017 18:33

C'est une histoire vraie, et pour l'année où elle s'est déroulée, il faudrait que l'auteur passe par là pour répondre à ta question.

sarah 02/04/2013 18:07


Bonjour! Je te suis toujours! :) BLeun, rachel ou Sarah quelque soit le prénom que je t'ai donné. Bises! Chaque fois que tu publies un article, je le lis! 

Parvati 04/04/2013 19:31


Bonjour, et merci !