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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 14:27

 

« Et Nicolas ? Qu’est-ce que tu penses de Nicolas ?»

-Je trouve ça marrant… Ça me rappelle les dessins de Sempé qui m’ont fait bien rire… Après tout, oui… Pourquoi pas Nicolas ?

Autour de Mme Defrise, le cercle de famille se resserre comme l’a jadis écrit le poète. Liliane Defrise a trente-trois ans et elle attend son premier enfant. Un évènement parfaitement planifié chez ce jeune couple qui, malgré l’insistance des parents d’un côté et de l’autre, a préféré attendre cinq ans de mariage pour se créer un héritier dans les meilleures conditions possibles. Maintenant qu’Alain Defrise, à trente-cinq ans, est à peu près certain de la stabilité de son poste de cadre, ils ont enfin « mis l’héritier en fabrication » selon leur propre expression.

Et c’est pour bientôt. Pour très bientôt même. Ce qui explique la préoccupation dans laquelle nous trouvons cette sympathique famille au grand complet : il faut donner au nouvel arrivant un prénom qui convienne à tout le monde.

«Nicolas… Nicolas Defrise… Defrise Nicolas… ça ne sonne pas mal ! murmure le futur papa.

-Et… si c’était une fille ? hasarde la future grand-mère.

-Ne dis pas de bêtises, voyons ! tranche le futur grand-père. Ce sera un garçon… évidemment !

-On pourrait toujours l’appeler Nicole, propose la future maman du fond de son fauteuil.

-Ah non ! Pas Nicole ! C’est d’un vulgaire ! proteste Alain.

La mère de Liliane fusille son gendre d’un regard noir :

-Peut-être, mais c’est quand même mon deuxième prénom !

Lorsque l’enfant paraît (comme l’a également écrit le poète, qui a toujours une longueur d’avance sur nous), lorsque l’enfant paraît, donc, trois jours se sont écoulés depuis cette scène familiale, et rien n’a encore été décidé. Liliane Defrise, adossée à ses oreillers dans la chambre pleine de fleurs, regarde d’un air perplexe l’imprimé que lui a remis la surveillante. Il va bien falloir remplir ce bout de papier et donner une identité définitive à la petite boule rose et chevelue qui dort de son premier sommeil dans le berceau au pied du lit. Alain Defrise revient s’asseoir au chevet de sa femme en tenant entre deux doigts le gobelet de carton où la machine automatique a généreusement versé un soda vaguement gazeux au lieu du café que l’on venait de lui commander. Liliane passe la main sur le front un peu pâle de son mari.

-Comment te sens-tu, mon chéri ? Pas trop fatigué ?

-Ca va mieux, merci, répond Alain à qui l’humour de la situation échappe totalement. Est-ce que tu as réfléchi à ce qu’on va mettre pour l’état civil ?

-Oui. Mais je n’ai vraiment pas pu me décider… Ecoute, si on oubliait complètement tes parents et les miens, et si on choisissait un prénom que personne n’a encore proposé ? Comme ça, on ne vexerait ni les uns ni les autres.

--Tu veux dire qu’on va vexer tout le monde !

-Pas du tout, mon chéri ! Ils comprendront bien que justement nous n’avons voulu favoriser personne !

A cet instant se produit la scène la plus étrange de cette histoire, la scène sur laquelle repose tout le côté incroyable de cette aventure. Liliane Defrise dira plus tard : « C’est moi qui l’ai vue la première. Mais je suis incapable de dire comment la porte s’est ouverte ni comment cette femme a traversé une partie de la chambre. Je n’ai vraiment réalisé sa présence que lorsqu’elle était déjà près du berceau. »

En effet, une femme est là, une vieille femme habillée de sombre. Elle se penche légèrement au-dessus du berceau et ni Alain, ni Liliane ne l’ont vue ni entendue entrer et parcourir les trois mètres environ qui séparent la porte du petit lit blanc. La vieille femme semble marmonner. Liliane réagit enfin et lui lance une phrase instinctive, dans le genre « vous désirez, Madame ? », ou bien « qu’est-ce que vous faites là ? »

La vieille femme relève alors la tête et montre un visage qui laissera à Liliane l’impression d’une extraordinaire douceur et d’une bonté sereine. D’une petite voix chantante, avec un léger accent indéfinissable, elle dit :

-Je vois petit Moïse… petit Moïse dort !

Puis elle fait comme un signe d’au-revoir avec sa main ridée au-dessus du berceau et elle retourne vers la porte. Avant de sortir, elle regarde encore les jeunes parents :

- Petit Moïse sera très fort et très sage ! Mais il faut à lui faire très attention !

Puis la porte se referme sur la petite vieille. Liliane et Alain restent un moment interloqués, puis éclatent de rire.

-Mais qui c’est, cette bonne femme ? Tu la connais, toi ?

-Jamais vue ! Et toi ?

-Pas la moindre idée de qui ça peut bien être… Une folle… On en voit de drôles, dans les cliniques !

-Voyons, Alain ! Ne dis pas ça ! Elle avait un visage si bon, si doux, un sourire tellement…

-Bon, bon, bon… Remarque, c’est vrai qu’elle n’avait pas l’air si folle que ça… Elle doit aimer les bébés, en tout cas ! Disons que c’est quelqu’un qui se sera trompé de chambre… Maintenant, trêve de plaisanterie : qu’est-ce qu’on décide pour l’état civil ?

-Tu vas rire, Alain… Mais qu’est-ce que tu penserais de… Moïse ? Je trouve que ça n’irait pas mal à ton fils, non ?

-Liliane, tu ne parles pas sérieusement ? Ta mère et la mienne proposent des prénoms à tour de bras, on refuse, et il suffit qu’une vieille femme absolument inconnue se trompe de chambre pour que tu te jettes sur le premier prénom qu’elle prononce ?

-Je ne sais pas comment te dire ça, Alain, et c’est tellement ridicule, j’en suis parfaitement consciente, mais… pendant que cette femme parlait au petit, j’avais l’impression que ça n’était pas une erreur… Non, ne te moque pas, je sais que je suis stupide, mais je trouvais ça… tout naturel, comme si ce prénom était vraiment celui de notre enfant, tu comprends ?

-Je comprends surtout que tu es plus fatiguée qu’il n’y paraît, ce qui est tout à fait justifié, et qu’il faut que tu te reposes.

-Mais non, mon chéri, je vais bien, je t’assure ! Mais je trouve que Moïse, c’est assez joli et, en plus, pas commun !

-Ça, pour un prénom pas commun, ça n’est pas commun, je te l’accorde ! Surtout par chez nous ! Mais enfin, tu me connais, Liliane : je ne suis pas antisémite pour deux sous, seulement je trouve qu’étant donné nos origines à tous les deux, ça ferait un peu bizarre d’avoir pour fils un petit Moïse ! Je vois d’ici la tête de ta mère, catholique pratiquante, devant le petit Moïse Defrise le jour du baptême !

Pour finir, le rejeton de Liliane et Alain fut prénommé Pierre, ce que tout le monde s’accorda à trouver simple et beau. Comme de plus, chacune des grand-mères avait au moins un Pierre parmi ses ancêtres, tout fut pour le mieux. On ne songea plus du tout à la curieuse visite de la vieille dame de la clinique. Il est certain qu’elle serait tombée dans l’oubli total s’il n’y avait eu l’incroyable évènement du mois d’août dernier.

Le jeune Pierre Defrise est maintenant un bébé de deux mois. Lorsque son visage a eu perdu l’aspect chiffonné de tout nouveau-né, il a révélé des ressemblances tout à fait satisfaisantes avec son papa. Il avait le sourire de sa maman, le front de son grand-père, les oreilles de sa grand-mère… et encore des tas d’autres détails qui en faisaient un personnage en tous points digne d’une aussi vaste famille. Pierre Defrise, à deux mois, s’apprête à prendre ses premières vacances. L’année 1978 n’ayant pas été, comme vous vous le rappelez, prometteuse d’un été particulièrement ensoleillé, Alain aurait aimé descendre dans le Midi. Le médecin de famille déconseille la chose pour un nourrisson. La montagne et la Bretagne ayant des climats trop rigoureux pour un bébé parisien, c’est la campagne qui a été retenue. Les Defrise ont loué une petite maison dans le Cantal. Un bout de jardin et, à peu de distance, le lac de Saint-Etienne-Cantalès.

C’est un endroit très familial. Il y a beaucoup de campeurs alentour. La baignade est permise dans le lac. Et Alain peut ainsi compenser sa légère déception de ne pas être parti à la mer. Il est trois heures de l’après-midi. Liliane se fait dorer au soleil sur l’herbe, un soleil qui tape fort. A cause de cette canicule, on a laissé le bébé dans la voiture, mais avec les portières entrouvertes et un linge blanc sur les vitres pour faire de l’ombre. Alain, qui est resté étendu un moment, commence à s’ennuyer un peu.

-Je vais piquer une tête ! Tu viens avec moi ?

Liliane ouvre un œil paresseux.

-C’est trop tôt encore ! On n’a pas fini de digérer.

-Oh ! Pour trois feuilles de salade qu’on a avalées, c’est plus que suffisant ! Allez, viens.

-Ça ne me dit rien tout de suite, je te rejoindrai dans un moment. En passant, jette donc un coup d’œil sur le petit pour voir si tout va bien.

Tout va bien en effet. Le panier d’osier où le poupon sommeille est bien à l’ombre sur la banquette arrière. Alain se penche pour vérifier la température dans le véhicule : c’est très supportable. Il laisse la portière gauche ouverte et préfère refermer la droite pour éviter les courants d’air. Puis il s’approche du lac en flânant. Ici, ça a l’air trop profond. En suivant la berge, Alain fait une cinquantaine de mètres et arrive à un endroit où une dizaine d’enfants, de l’eau jusqu’à la poitrine, chahute en s’éclaboussant. Là, ce sera parfait. Alain descend une sorte d’escalier naturel, se trempe jusqu’aux mollets : courageux mais pas téméraire. Quand il arrive aux genoux, il entreprend de s’asperger progressivement les endroits sensibles et se résout enfin à s’accroupir. Après tout, elle n’est pas si froide que ça ! Dix minutes plus tard, Alain goûte la béatitude d’avoir la tête au soleil et le corps entre deux eaux bien fraîches. Au bout d’un quart d’heure, cette décontraction lui inspire des pensées philosophiques et il contemple ce petit monde paisible qu’il aperçoit : des baigneurs, des joueurs de volley-ball, les taches colorées des familles qui se sont fait chacune leur petit territoire sur l’herbe verte. Et puis, tout d’un coup, un mouvement insolite. Là-bas, une voiture qui roule insensiblement, qui s’approche du bord. Et alors, tout se passe comme au ralenti. Alain voit la calandre et les roues avant quitter la berge. Il se met à penser avec amusement : tiens, en voilà un qui n’a pas vérifié son frein à main ! Il va avoir une drôle de surprise ! C’est seulement au moment où la totalité de la carrosserie touche la surface du lac… qu’il se rend compte que cette voiture… Cette voiture, c’est la sienne !

-Pierre !

Alain a hurlé. Une grande goulée d’eau douceâtre est entrée par sa bouche. Il tousse, il crache. Son instinct l’a poussé en avant et il nage. Trente, quarante, peut-être cinquante brasses jusqu’à la voiture. A travers les éclaboussures que ses gestes maladroits soulèvent vers ses yeux, il aperçoit la petite cinq-chevaux qui, sans même flotter une seconde, s’enfonce, bien horizontale. Juste l’avant qui pique un peu du nez. Il distingue vaguement les cris de quelques témoins. Alain pense : « Le petit ! Je suis trop loin ! »

Sur la berge, personne ne songe une seconde qu’il peut y avoir un bébé dans cette voiture apparemment vide. On se contente d’observer le spectacle un peu dérisoire de cet homme qui patauge pour porter secours à une voiture en perdition. Il y a même des rires et des encouragements goguenards.

« Allez, fonce ! Et si tu la repêches, tu pourras lui faire la respiration artificielle ! » Alain ne se rend pas compte de tout cela. Il avale trop d’eau pour pouvoir les appeler à l’aide. Et il ne pense qu’à arriver près de son fils. Dans la foule des badauds, une silhouette jaillit en gesticulant. C’est Liliane que les cris ont réveillée et qui s’est rendu compte du drame. Trois hommes ont compris enfin et se jettent dans le lac. Ils rejoignent Alain à deux mètres de la voiture qui sombre, mais c’est trop tard : il n’y a plus que le toit et une partie des vitres qui dépassent de l’eau. Et puis soudain, le miracle : avec un immense glou-glou, le reste de l’air accumulé dans la cabine s’expulse en repoussant la portière entrouverte. Une sorte de vague se forme à la surface, et avec cette grande bulle d’air apparaît… le panier d’osier. Des mains le saisissent, l’élèvent au-dessus des têtes… c’est à n’y pas croire : le petit Pierre est à peine mouillé, et il ne s’est même pas réveillé !

Revenu sur la rive, Alain Defrise s’effondre en sanglots contre la poitrine de sa femme. Puis soudain, il éclate de rire. Il vient seulement de se rappeler qu’il ne sait pas nager !

Depuis ce jour du mois d’août dernier, Liliane garde dans sa chambre, près de son lit, une relique dont elle s’est bien juré de ne jamais se séparer : un fragile panier d’osier qui ressemble beaucoup à celui d’une très vieille légende. Son mari, quant à lui, fait des pieds et des mains dans divers bureaux de l’administration pour faire changer officiellement le prénom de son fils et l’appeler Moïse. Mais allez donc expliquer à un employé de l’état civil une histoire de voiture dans un lac et la visite d’une étrange vieille dame habillée de noir dans la chambre toute blanche d’une clinique !

 

L’INCROYABLE VÉRITÉ

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commentaires

Angela 24/05/2017 16:37

Il est revenu après 9 mois


Bonjour à toutes et à tous,

Certains d'entre vous se souviendront peut-être de moi et de mon histoire.
J'étais durant 5 ans avec quelqu'un qui m'a quitté pour diverses raisons. Notre rupture a duré 9 mois.
9 mois pendant lesquels j'ai tout fait pour le récupérer et j'ai énormément souffert (dont une tentative de suicide).


Plusieurs personnes du forum me disait : "de contacter marabout SAID qui est un Spécialise du retour Affectif qu'il m'aidera a le faire revenir dans 3 jours".
Et bien voilà c'est fait !

Aujourd'hui il est revenu mon mari grâce a marabout SAID et nous sommes de nouveau ensemble depuis peu.
Nous avons beaucoup discuté et fixé quelles étaient nos priorités respectives.

En y réfléchissant bien, je pense que cette rupture nous a été bénéfique à tous les deux. Elle nous a permis de murir chacun de notre coté et de savoir ce qu'on voulait vraiment.


Aujourd'hui on s'en sort beaucoup plus fort de cette rupture et beaucoup plus proches. On a tiré des leçons de nos erreurs et je pense que c'est une bonne chose.

voilà, ce petit post pour donner du courage à tous ceux et toutes celles qui souffre aujourd'hui,de contacter SAID

Mail: marabout.said@hotmail.fr


Je vous embrasse

Marie 21/02/2017 22:23

Ce genre de situation est peut-être plus fréquente qu'on ne le pense...Belle histoire, en tous cas ! Merci.

Passiflore 20/02/2017 16:46

Bonjour,
C'est quand même étonnant qu'il se soit présenté sous l'apparence d'une vieille dame vêtue de noir...

magnetique 20/02/2017 10:54

Très souvent nous avons des êtres de Lumière qui sont là pour nous aider dans notre cheminement Terrestre...