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Visiteurs curieux



6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 16:32

 

En 1952, un couple bien sympathique, autour de la cinquantaine, se promène du côté d’Hermé, dans la région de Provins. Il s’agit de M. et Mme Carmi qui semblent manifester un grand intérêt pour cette Champagne qu’ils visitent. Que cherchent-ils ? Quelque chose de bien ordinaire : tout simplement une petite maison de campagne susceptible d’abriter leurs vieux jours, d’accueillir leurs quatre enfants et les petits-enfants, présents et à venir. (Au total, ils en auront douze !) M. Carmi est officier supérieur de la Marine nationale. Sa femme est douce, cultivée, par moments mystique. Elle s’est consacrée avec amour et joie à son mari et à sa famille. Couple uni, sans histoires, qui ne se doute pas qu’il en aura bientôt au moins une, très extraordinaire. Pour l’heure, ils parcourent la campagne. Tout à coup, Mme Carmi aperçoit des ruines, près d’un château d’eau : des murs croulants au milieu d’un terrain vague. Elle s’immobilise et les montre à son mari. N’est-ce point là un lieu calme, un peu sauvage, propice au repos et à la méditation ? Pourquoi ne pas acquérir ces ruines et y organiser une maison ? M. Carmi se déclare aussitôt d’accord. Non simplement pour faire plaisir à sa femme mais parce qu’il aime l’endroit, lui aussi, même s’il ne se sent pas autant subjugué que son épouse. C’est ainsi que les Carmi se rendirent propriétaires de ces ruines et y bâtirent leur maison. Tout se passe sans problèmes jusqu’au jour où il est question de donner un nom à cette maison. Chacun lance en l’air une, deux, plusieurs propositions. Aucune ne satisfait pleinement Mme Carmi. Quelque chose – ou quelqu’un – lui souffle que le choix de ce nom n’est pas affaire secondaire, qu’il convient d’y bien réfléchir et de ne pas se précipiter.

Une nuit, Mme Carmi fait un rêve très étrange qu’elle racontera elle-même :

« C’était la première fois, écrit-elle, que je rêvais de ma belle-mère depuis sa mort. Mais, comme j’étais très liée avec elle, je n’en ai eu aucun étonnement. Elle m’est apparue telle qu’elle était les derniers mois de sa vie, et j’ai conversé avec elle comme avant. Elle m’a dit qu’il fallait appeler notre maison « la massenie », puisqu’elle avait été une « massenie » pendant plusieurs siècles. Ou alors, me dit-elle, appelez-la « la maison des arioles », en souvenir des « arioles » qui l’ont habitée durant cette période. Et surtout, n’oubliez pas de planter le rosier rouge et le rosier blanc qui ont toujours orné le seuil des massenies et qui sont les symboles du devoir et du sacrifice. »

Voilà. Voilà le message que reçut, une nuit, Mme Carmi de sa belle-mère. Les histoires de ce type posent toujours le même problème. Que la belle-mère de Mme Carmi lui ait réellement parlé, ou que Mme Carmi ait cru l’entendre, ne représente, finalement, qu’un aspect subalterne de cette question. Dans ces affaires, ce qui complique tout, c’est la suite. Que signifie une « massenie » ? Qui sont les « arioles » ? Ce sont des mots qui ne figurent même pas dans les dictionnaires. Autant il n’est pas raisonnable d’apporter crédit aux histoires de revenants, de fantômes, d’apparitions extraordinaires des ancêtres, la nuit, dans un nuage de vapeur blanchâtre, autant il ne serait pas courageux de refuser de regarder en face les conséquences étranges de certains de nos rêves. Mme Carmi est comme tout le monde : elle ignore le sens de ces mots. Mais elle l’apprendra dans de curieuses circonstances.

Dans la nuit du 1er février 1953, elle se voit tout à coup en un lieu singulier. Elle s’y voit distinctement. Elle y voit aussi d’autres personnes. Et ce genre de vision arrive à la plupart d’entre nous : nous voyons dans nos rêves apparaître des gens que nous connaissons bien et des gens que nous ne connaissons pas. Pourtant, on distingue les détails de leurs corps, de leurs vêtements, de leurs visages. On perçoit l’éclair de leurs regards, tout comme si nous nous trouvions en leur compagnie, dans la réalité. Cette nuit-là, Mme Carmi pénétra de la sorte dans ce que M. Lucien Barnier appelle « un univers parallèle ». Elle décrivit cet univers ainsi :

« Je suis dans une salle ronde faiblement éclairée. Je ne vois ni portes, ni fenêtres ni ameublement normal ; seulement deux bancs rustiques et de petits tabourets de bois. Des hommes sont là. Une quinzaine en tout. Leurs vêtements sont amples et faits de bure sombre. La plupart d’entre eux sont blonds, de type nordique ou germain. Quatre de ces hommes sont différents, du type classique des sémites méditerranéens. Ils disent que leur pays est l’Egypte. Ce sont des kabbalistes de la secte des Harodim. Un homme blond aux yeux très bleus est au centre de la réunion. Autour de son cou, une grosse chaîne et une croix à branches égales. Cet homme parle d’un voyage difficile, aux Indes. »

Cette « pénétration nocturne » dans un passé qui s’avèrera vieux de plus de six siècles se poursuivra désormais toutes les deux nuits. C’est au cours de l’une de ces « incursions » que Mme Carmi fera la connaissance de son guide, de son instructeur, le chevalier de Rampillon. Dans son rêve, elle le rencontrera dans l’église de Rampillon. Le lendemain, M. Carmi recherche ce village. Il le trouve, un peu en retrait de la route nationale Paris-Provins. Ni lui ni sa femme n’y avaient mis les pieds auparavant, et ils s’y rendent aussitôt. Mme Carmi découvre alors avec stupeur que l’église répond exactement à celle qu’elle a vue dans son rêve. Et le chevalier est effectivement inhumé là, près du baptistère. Elle commentera l’évènement en écrivant :

« Tout cela m’a incitée au recueillement. Les limites du temps s’effaçaient pour moi. Je me sentais devenir autre. J’entrevoyais un monde inconnu qui me troublait. »

Toutes les deux nuits, le chevalier de Rampillon lui raconta alors son histoire, celle qui se rapporte à la période de l’arrestation des Templiers, puis, après le règne de Philippe le Bel, vers 1320. Mme Carmi apprit ainsi, sans l’aide de livres, l’histoire des croisades de la bouche même du chevalier de Rampillon qui lui raconta ses voyages. Elle apprit aussi la signification des mots « massenie » et « ariole ». Après l’interdiction des Templiers, des hommes venus de tous les horizons se rencontrèrent à des carrefours spirituels qui groupaient vingt-six personnes : ils constituaient une massenie. Celle-ci était confiée à un responsable, désigné sous le nom d’ariole. Le signe distinctif des massenies était un rosier blanc et un rosier rouge. Les Carmi avaient acquis sans le savoir les ruines d’une massenie dont faisait partie le chevalier de Rampillon. Mme Carmi assista à de nombreuses réunions de cette massenie. Elle les décrivait le lendemain à son mari.  D’ailleurs, son étrange expérience a fait l’objet d’un livre publié aux éditions Robert Laffont, intitulé : Le Temps hors du Temps. Elle a noté les phrases entendues, les signes et les dessins observés. On retrouva l’un de ces dessins sur la paroi d’un souterrain de Provins, ce qui impressionna, à juste titre, tout le monde. Mais, le 19 septembre 1953, se produisit le fait le plus stupéfiant de tous. Ce soir-là, M. Carmi effectuait des travaux dans une cave éboulée. Et Mme Carmi fut soudain saisie du désir impérieux de descendre et d’aller voir les travaux. Elle raconta elle-même la suite :

« Au milieu de l’emplacement de la première marche, j’ai vu de petites lueurs bleues qui se mouvaient comme des lucioles. En même temps, je me suis sentie attirée par une force extraordinaire. J’ai insisté pour que mon mari creuse à cet endroit. Il ne voyait rien et me disait que c’était un reflet de la lune. Il a gratté une allumette pour me prouver qu’il n’y avait rien à cet endroit-là. Mais je me sentais tellement attirée que j’ai de nouveau insisté. En fouillant la terre avec ses mains, mon mari a senti quelque chose sous ses doigts et, avant qu’il me dise quoi que ce soit, j’ai ressenti comme une décharge électrique. Je suis partie en arrière en poussant un cri. J’avais presque perdu connaissance. Mon mari n’a eu que le temps de me retenir. A ce moment-là, j’ai senti que je renouais un contact. Dès que j’ai retrouvé mon équilibre, mon mari m’a dit qu’il y avait un objet, là où j’avais vu des lueurs bleues. Il a sorti de la terre un coffret. Nous avons réveillé notre fils pour lui montrer notre trouvaille. C’était un coffret fragile et léger en écaille roulée mesurant vingt centimètres de long, douze centimètres de large, et quatorze centimètres de hauteur. »

Ce coffret était orné de sculptures en argent. Il contenait un scarabée égyptien que le chevalier de Rampillon avait montré à Mme Carmi, une nuit, lors de l’un de ses rêves. Ce coffret existe. Ce scarabée aussi. Puis, Mme Carmi indiqua l’endroit où étaient enterrées des médailles. Elles furent exhumées. Elles existent aussi. Peu importent les doutes que peuvent légitimement susciter les « apparitions » de ce chevalier, car : comment expliquer ces découvertes ? Comment expliquer la présence sur la paroi d’un souterrain de Provins d’un dessin au préalable exécuté, chez elle, au lendemain d’un rêve, par Mme Carmi ? Il faut avouer que tout cela est bien étrange. Cela fait maintenant vingt-cinq ans* que Mme Carmi écoute régulièrement ce que lui révèle le chevalier de Rampillon. Son mari, esprit rationnel, explique à Lucien Barnier :

« J’ai tenu dans mes mains les objets annoncés, que nous avons trouvés là, dans cette cave éboulée. Que souhaitez-vous que je vous dise ? Que c’est extraordinaire ? J’en suis, en effet, convaincu. Que cela est incroyable ? Peut-être pour des gens regardant de l’extérieur. Pas pour moi qui ai collationné les dessins, les caractères étranges, les signes. Lorsque j’ai vu, sur l’un des murs du souterrain de Provins, ce dessin que vous voyez là, sur cette page d’un de nos cahiers, imaginez-vous ce que j’ai ressenti alors ? »

Et Lucien Barnier de se poser la question : « Mme Carmi est-elle un médium qui aurait été pris au hasard pour transmettre quelque message, ou bien a-t-elle simplement plongé dans une existence antérieure ? » L’intéressée choisit la deuxième hypothèse, sans hésitation.

« Certains évènements, dit-elle, me semblent moins présents, si bien que j’ai l’impression d’en avoir eu connaissance par des intermédiaires. Mais la plupart des scènes que m’a montrées le chevalier de Rampillon, je les ai vécues personnellement. »

Les hommes comprendront-ils jamais ces phénomènes ? Trouveront-ils, pour les aborder, une voie médiane entre le rire et la peur, entre le scepticisme intégral et la superstition ? Ne pas rejeter systématiquement et avec horreur ce que l’on ne comprend pas : telle pourrait être une devise honorable. En tout cas, comme Lucien Barnier, « nous avons envie de nous frotter les yeux, de nous pincer, pour être bien sûrs de ne pas être emportés à notre tour dans quelque voyage hallucinatoire. »

 

*Cette histoire a été racontée sur les ondes en 1978

 

L’INCROYABLE VERITE

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