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Visiteurs curieux



23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 17:50

 

Le 21 août 1963, deux Américains quittent Rio de Janeiro avant le lever du soleil à destination de Congonhas do Campo, une petite ville de mineurs située dans la montagne, dans le sud-est du Brésil. Ils savent que le voyage sera pénible : dix heures de voiture, sous une chaleur écrasante et sur une route mauvaise et dangereuse. L’un, Henry Belk, est un homme d’affaire d’environ cinquante ans. L’autre, aux alentours de la quarantaine, le docteur Henry Puharich, est un médecin remarquable, diplômé de l’université de Northwestern.

Tous deux doivent avoir de solides raisons de s’offrir une pareille randonnée. En vérité, ils n’en ont qu’une et elle semble plutôt discutable : ils souhaitent absolument faire la connaissance d’un individu jouissant d’une réputation fabuleuse, un certain Arigo, paysan pratiquement inculte, qui, depuis 1950, défraye la chronique au Brésil. Qui est cet Arigo ? Un guérisseur, un sorcier ? Un charlatan de plus ? Les deux Américains l’ont d’abord cru et, pour tout dire, ils le croient encore tandis qu’ils roulent prudemment sur les redoutables lacets de la montagne. Toutefois, quelques jours auparavant, ils ont été un peu ébranlés par l’opinion d’un de leurs amis, le médecin brésilien Lauro Neiva, praticien éminent et sérieux entre tous, qui leur a dit :

- Ecoutez, méfiez-vous des histoires abracadabrantes qui circulent au sujet de cet Arigo. Néanmoins, ce qu’il fait est si stupéfiant qu’il mérite la visite. Vous n’oublierez jamais ce que vous verrez chez lui.

A la fin du jour, les Américains arrivent enfin, épuisés, à Congonhas do Campo. Leur premier souci est de se restaurer rapidement puis de se coucher aussitôt. Le lendemain, remis de leurs fatigues, la curiosité plus que jamais éveillée, ils se présentent, flanqués de deux interprètes improvisés, devant ce que la population de la bourgade appelle la « clinique » d’Arigo.

En réalité, il s’agit de la vieille église désaffectée de la ville. A 7 heures du matin près de deux cents personnes se pressent déjà à la porte de cette curieuse « clinique ». Dans cette foule, des gens sont visiblement très malades : un aveugle, un homme affligé d’un goitre énorme et maigre comme un clou, un enfant, livide et se déplaçant en fauteuil roulant. Les deux Américains, mal à l’aise, se mêlent un instant à cette misère humaine pendant que l’un des interprètes pénètre à l’intérieur de la « clinique » afin d’informer le mystérieux Arigo de la présence des étrangers. Le maître du lieu ne fera aucune difficulté pour les recevoir. Ils seront même introduits les premiers. Arigo a quarante ans. C’est un homme solide, au torse puissant, aux bras vigoureux, la peau mate, le regard profond. Il arbore une belle moustache noire. « Que veulent ces étrangers ? Assister à son travail ? Mais bien sûr. Pourquoi ne vient-on pas plus souvent ? » s’interroge Arigo tristement, « cela éviterait bien des rumeurs stupides. » MM. Belk et Puharich peuvent rester tout le temps qu’ils voudront. Ils ne le gênent nullement. Au contraire. M. Puharich ? C’est encore mieux. Arigo ne demande pas autre chose : qu’on le voie à l’œuvre, qu’on le conseille, qu’on prie pour lui et ses malades, pauvres créatures sans un sou, qui n’ont presque rien à manger. D’ailleurs, est-il besoin de préciser que lui, Arigo, soigne gratuitement ceux qui, chaque jour, entrent dans sa clinique ?

Après ces civilités et ces humbles explications, les malades défilent un par un devant ce personnage extraordinaire. Les opérations se passent dans la vaste salle où jadis s’assemblaient les fidèles. Les Américains, juste derrière Arigo, vont assister à un spectacle probablement unique au monde. Ils ne regrettent plus leur pénible voyage. Et le docteur Neiva avait bien raison : ils n’oublieront jamais ce qu’ils vont voir. A chaque malade, Arigo va adresser quelques paroles, toujours les mêmes : s’il guérissait ce serait non grâce à lui mais à Jésus. Puis il ajoute qu’au demeurant et selon lui, peu importent les religions : elles se valent toutes. Cette réflexion emporte l’approbation bruyante de la foule. Ce préambule terminé, Arigo demande aux malades de réciter un Notre Père. Le temps que dure cette prière collective, les Américains craignent la déception : ce guérisseur ne soigne-t-il que par des incantations ? Mais ils ne tarderont pas à être rassurés. Car, à la fin du Notre Père, Arigo s’éloigne et s’isole dans une petite pièce attenante à la salle. Il y reste seul pendant deux ou trois minutes. Et quand il réapparaît, il est quasi méconnaissable. Sa démarche, son ton, son comportement ont changé. C’est maintenant un homme dur, sûr de lui, presque arrogant qui parle. Curieusement, son brésilien est entaché d’un fort accent allemand. Les Américains n’en reviennent pas ! Quelle métamorphose !  Arigo s’avance vers les deux étrangers et leur dit, très autoritaire :

- Il n’y a rien à cacher ici, je suis heureux que vous puissiez le constater.

Puis il les invite à le suivre dans une autre petite pièce qu’il appelle pompeusement « la salle de soins ».  En guise d’équipements, une table, une pancarte portant les mots : « Pense à Jésus. » Et sur la table, un couteau de cuisine. Le vieil aveugle qui était en tête de la file d’attente entre dans la pièce. Alors survint un évènement incroyable. Le voici tel qu’il fut rapporté par les témoins à l’écrivain John Fuller :

« Arigo saisit le couteau de cuisine, dont la lame mesurait une dizaine de centimètres, et l’enfonça sous la paupière de l’œil gauche profondément dans l’orbite, sans que son patient, pourtant parfaitement conscient, eût la moindre réaction. Avec uns stupeur grandissante, Puharich vit le couteau fourrager avec vigueur derrière le globe oculaire qu’il soulevait avec force, presque jusqu’à l’extirper. Pendant ce temps l’opéré ne parut nullement gêné, si ce n’est par une mouche qui se posa sur sa joue et qu’il y chassa négligemment de la main. »

Le médecin américain, malgré ses quinze années d’exercice, était bouleversé. Quant à Belk, il se sentit défaillir, au bord de la nausée. Arigo retira la lame, regarda avec satisfaction la trace de pus qui en maculait la pointe et l’essuya sur sa chemise.

- Ca va aller maintenant, dit-il.

Le docteur Puharich, qui n’en croyait pas ses yeux, suivit l’opéré qui regagnait la sortie et l’examina. Il ne décela ni rougeur, ni irritation, ni saignement.

Quand le malade ne justifiait pas une opération, Arigo rédigeait une ordonnance. Mais si se présentait un kyste, une tumeur quelconque, alors il reprenait son couteau de cuisine et l’extirpait avec une dextérité stupéfiante. Vers 11 heures, Arigo déclara close la séance de consultation. Il salua les Américains et s’en fut. A peine sorti de l’église désaffectée, il retrouva son allure et son accent de paysan montagnard brésilien.

Belk et Puharich rentrèrent à l’hôtel désorientés. Ils voulaient savoir ? Eh bien, ils savaient maintenant. Ils voulaient voir ? Eh bien, ils avaient vu. Désormais ils se débattraient dans des problèmes inextricables, eux, les Occidentaux civilisés et sceptiques. Qui les croirait ? Ils en discutèrent jusqu’à une heure avancée de la nuit. Une idée leur vint : faire venir à Congonhas do Campo un ami journaliste de Sao Paulo, muni de sa caméra. Ainsi pourrait-on produire des preuves aux Etats-Unis. Ce journaliste, Jorge Rizzini, ne se fit pas prier. Il arriva le lendemain, installa sa caméra dans la « salle de soins » et filma toutes les opérations. Mais le docteur Puharich voulut davantage que des films. L’idéal eût été de financer une véritable expédition médicale à Congonhas. Mais où trouver l’argent ? Soudain, le médecin américain eut une idée. Comme il se grattait machinalement le bras, il lui revint à l’esprit qu’il avait une tumeur sous-cutanée bénigne à la face interne du coude droit. Pourquoi ne se ferait-il pas opérer ? Ne serait-ce point la preuve irréfutable qu’il n’avait pas rêvé ce qu’il avait vu ?

Certes, il courait des risques. Il pesa longuement le pour et le contre et, passant outre les objurgations de son ami Belk, décida de se faire opérer le lendemain par Arigo. Celui-ci ne s’émut guère. Il comprit la raison de cette subite décision et prit le parti d’en rire gentiment. Il se montra même malicieux. Cette fois, il ne se servit pas de son couteau de cuisine mais demanda à la foule qui attendait si, parmi elle, quelqu’un n’aurait pas à lui prêter un de ces bons couteaux de poche brésiliens. Avant l’opération, il dit :

- Le savant américain est courageux. Je vais montrer à ce matérialiste ce que faire un esprit. Relevez votre manche, docteur.

Fuller raconte : « Puharich jeta un coup d’œil vers Rizzini pour s’assurer qu’il était prêt à filmer. Puis il se raidit en attendant l’incision. Il voulut regarder mais le guérisseur lui enjoignit de tourner la tête. Moins de dix secondes plus tard, il sentit qu’on lui glissait quelque chose dans la main : c’était un morceau de chair. Son bras présentait une petite entaille d’un centimètre d’où sourdait un tout petit peu de sang. La protubérance avait disparu. Il constatait sans pouvoir y croire qu’il n’avait rien ressenti d’autre qu’un léger attouchement. Ses compagnons lui indiquèrent qu’Arigo avait pratiqué l’incision en un éclair et extrait la tumeur avec ses doigts, et que ni la peau ni le couteau n’avaient été nettoyés ou désinfectés. »

Le docteur Puharich prit évidemment des photos de son bras juste après l’opération, puis de sa cicatrice absolument parfaite. Il restait maintenant à affronter le monde civilisé avec les films et les photos. La réputation d’Arigo franchit les frontières du Brésil. L’église le fit condamner. Mais le président Kubitschek le gracia. Ses exploits sont inouïs. A l’aide d’un couteau et de ses seules mains, ne dit-on pas qu’il enleva à une jeune femme mourante un cancer à l’utérus ! Et que celle-ci retrouva la santé ! Il assura qu’il n’était que la main d’un esprit, celui d’un certain Dr Fritz, mort pendant la Première Guerre mondiale, qui, ayant de son vivant commis beaucoup d’erreurs chirurgicales, était condamné à les réparer et à atteindre la perfection. Et que, pour remplir cette tâche, il lui fallait un médium. Lui, Arigo, travaillait donc comme un automate. Il n’était que la main, l’instrument de cet esprit.

Arigo rédigea aussi des ordonnances fort complexes dépassant de loin les connaissances médicales et pharmaceutiques des citoyens ordinaires. Où aurait-il appris tout cela ? De nombreux médecins vérifièrent la sûreté de son diagnostic. On lui présenta des malades ayant fait l’objet d’examens préalables, il indiqua leur maladie. Les aréopages stupéfaits ne surent que penser. Aujourd’hui, les documents que l’on doit au docteur Puharich plongent dans l’embarras les spécialistes. Arigo mourut le 11 janvier 1971 dans un accident de voiture qu’il avait prédit longtemps à l’avance. Nul n’a jamais pu établir une quelconque imposture. Le mystère de ce « chirurgien au couteau de cuisine » demeure entier. A chaque citoyen de se faire une opinion. Mais, jusqu’à preuve du contraire, il reste préférable de se faire opérer dans un bon hôpital.

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 16:48

 

Août 1915. La Grande Guerre a commencé un an plus tôt. La plupart des combattants croient encore qu’elle finira bientôt. Ils ignorent que jusqu’aux derniers jours, en 1918, la violence des combats ne s’apaisera pas un instant. Pour la première fois, on se bat presque partout dans le monde. Le 1er novembre 1914, la Turquie, après bien des hésitations, s’est finalement rangée aux côtés de la Triplice, la Triple Alliance entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie, contre la Triple Entente anglo-franco-russe. C’est donc en Turquie, au lieudit le « Mont 60 », que nous entraînera aujourd’hui l’Incroyable Vérité.

Les unités turques et un corps d’armée australien et néo-zélandais se livraient là une sanglante et dramatique bataille qui durait depuis plusieurs semaines. On approchait du terme de cet engagement décisif pour la maîtrise stratégique de la région. Le lieutenant Reichart commandait une section comptant environ vingt-deux hommes. Il occupait un point avancé surplombant ce fameux Mont 60 d’une centaine de mètres. Il pouvait ainsi observer commodément les mouvements ennemis, transmettre les informations, guider la progression de son unité. A l’aube du 28 août 1915, le lieutenant Reichart se sentit submergé d’une vague de mélancolie. Ce jour d’été qui se levait s’annonçait véritablement radieux. De plus, les canons et les fusils s’étaient tus un moment. Chacun se mettait en place pour mieux se tuer et se détruire ensuite. Et en attendant le choc ultime, le soleil et le silence étaient seuls maîtres du terrain.

Cette atmosphère ne prédisposait nullement à la guerre et à la mort. Elle invitait au contraire au calme, à la douceur de vivre. Le lieutenant songeait que dans son pays, si éloigné de cet endroit, et dont il ne savait même pas s’il le reverrait jamais, le soleil était exactement semblable à celui-ci. Il ne faisait, lui, aucune différence entre les hommes qu’il réchauffait. Il ignorait les nationalités, les uniformes, les intérêts. Alors pourquoi se battre ? Pourquoi être venu de si loin pour peut-être mourir par une journée si belle ?

Le lieutenant Reichart, afin de chasser sa mélancolie, décida une petite tournée d’inspection à travers son poste. A chacun de ses hommes, il adressa un sourire, un mot d’espoir ou d’encouragement. Sans doute les soldats pensaient-ils comme lui qu’à l’aube d’une journée d’été si délicieuse, on avait envie de tout faire sauf de se battre, encore moins de mourir. Le lieutenant revint à sa place et observa l’horizon à la jumelle. Il savait que, moins d’une heure plus tard, l’avant-garde de son régiment commencerait à progresser. Du côté de l’ennemi, c’était le calme, en apparence. Décidément, il n’y a avait rien à signaler. Et pourtant, si. Sous les yeux du lieutenant Reichart se préparait un phénomène inouï, réellement formidable, dont on parlerait longtemps après, qui attirerait l’attention de nombreux experts et écrivains. Un phénomène que reprendrait plus de soixante ans plus tard une émission de radio intitulée « l’Incroyable Vérité ». Mais, évidemment, il ne viendra à personne l’idée de reprocher au lieutenant Reichart une quelconque cécité ou une erreur, un manque de vigilance, un défaut d’interprétation. Car, comment l’aurait-il perçu ? Edgar Poe, dans sa célèbre nouvelle, « La lettre dérobée », démontre que le meilleur endroit pour cacher un objet dans une pièce peut être parfois, tout simplement, de le déposer sur la table ou le buffet. Ou, pour une lettre, de la suspendre au mur, dans un cadre. Ainsi nous arrive-t-il de chercher ce que nous avons sous le nez. Surtout si ce que nous cherchons est très ordinaire. Or, à l’aube du 28 août 1915, en ce lieu perdu de la Turquie où se préparait l’ultime assaut d’une violente bataille, comment se présentait le paysage que surveillait l’officier ?

Au loin, les arrières ennemis plongés dans un calme trompeur. A une centaine de mètres au-dessous du point avancé : le Mont 60. A l’arrière du point avancé, les tranchées australiennes et néo-zélandaises. Entre ces tranchées et le Mont 60, le lit asséché d’une crique tout en longueur. Ce lit servait de piste. C’est cette piste de fortune qu’emprunteraient dans la matinée une partie des unités qui marcheraient vers le Mont 60 puis qui livreraient bataille. Bien avant l’aube, on avait compris que la journée serait superbe. Et, en effet, le soleil monta lentement sur un ciel bleu, pur et magnifique. Seuls planaient sur le Mont 60 quelques petits nuages, six ou huit selon les observateurs. Bien entendu, ils n’étaient pas menaçants et ils ne tarderaient pas à s’enfuir.

Cependant, malgré une brise légère qui devait souffler à près de 9 kilomètres à l’heure, ces petits nuages restaient sur place. Ils semblaient figés, insensibles à la brise. Pourquoi le lieutenant Reichart se serait-il posé des questions particulières au sujet de ces nuages ? Parce qu’ils avaient la forme de miches de pain ? Ce n’était pas très sérieux. Les nuages ont la forme qu’on leur prête. Ils étaient donc suspendus, comme par des fils invisibles, au-dessus du Mont 60. Mais, juste au-dessous d’eux, un autre nuage, plus important celui-là, dont on ne savait exactement s’il était constitué d’un reliquat de brume nocturne, ou si, au contraire, il était descendu du ciel, s’était en quelque sorte posé, installé, sur la piste elle-même. Il ressemblait à un énorme dirigeable de coton épais qui aurait reposé sur le ventre, qui se serait échoué durant la nuit sur le lit asséché de cette crique. Ce nuage, à même le sol, avait des dimensions respectables. Environ 270 mètres de long, 200 mètres de hauteur, et encore 200 mètres de large.  Vu de l’observatoire du lieutenant Reichart, ce nuage semblait si compact qu’il en paraissait presque solide.

Assurément, s’attarder aujourd’hui sur ses mensurations est bien facile. Nous savons, nous, que le 21 août 1915, survint autour de ce nuage un évènement aussi incompréhensible que prodigieux. Mais ni le lieutenant ni ses hommes ne le savaient. Ils ne pouvaient même l’imaginer. A la guerre, on se bat contre des hommes et non contre des esprits. C’est pourquoi ce que nous trouvons extraordinaire ne l’était nullement aux yeux de l’officier. Lui, il se trouvait en pays de montagne, au petit matin. Nul doute que ce gros nuage ou ce magma de brume se dissiperait très vite avec la montée du soleil.  Quant à ces minuscules nuages en forme de miches, ils seraient, eux aussi, emportés vers l’horizon par la brise, laissant derrière eux un ciel entièrement purifié. Le lieutenant Reichart, on le comprend, avait d’autres soucis. Bientôt, les signes avant-coureurs de la bataille parvinrent au poste d’observation avancé. A l’arrière, et au pied du poste, des unités commencèrent à sortir des tranchées. Reichart les vit se rassembler en bon ordre, se constituer en colonnes qui s’engagèrent simultanément dans plusieurs directions. Conformément aux plans de l’état-major, l’une d’elles emprunta la piste menant au Mont 60 et qui suivait le tracé du lit asséché de la crique. Reichart ne put s’empêcher de penser à ces jeunes hommes, venus se battre de si loin, et dont beaucoup ne reverraient plus leur pays, leurs familles, leurs amis. Il les suivit à la jumelle comme s’il pouvait ainsi mieux partager leurs états d’âme.

En fait de colonne, il s’agissait d’un régiment, comptant plusieurs centaines d’hommes : le 1er régiment de la 4e armée Norfolk. Cette unité avait pour mission de faire sauter le verrou que constituait le Mont 60, permettant ainsi au corps d’armée d’enfoncer les ailes du front. Le régiment approchait maintenant du gros nuage posé sur le sol. Le lieutenant Reichart se réjouit alors de la présence de cet épais manteau de brume qui tardait à se dissiper. Jusque là, il n’avait pas vraiment requis son attention. Mais il se dit tout à coup qu’il faciliterait la progression de ses compagnons d’armes. Ce nuage formait une sorte d’écran ; finalement, il tombait à pic, au matin même de l’ultime offensive. Reichart concentra donc son attention sur ce point particulier du terrain. Un par un , sans se hâter, pliant sous le poids de leur armement, cinq à six cents hommes arrivèrent devant ce nuage et s’y engagèrent lentement, presque paisiblement. Le spectacle faisait penser à un dessin animé, ou à un film muet. Les minutes passaient. Au bout d’une demi-heure, une bonne moitié de la colonne avait disparu au sein de ce paquet de brume. Et l’autre moitié continuait de s’y enfoncer. Mais Reichart, curieusement, ne les voyait pas resurgir. Peut-être, se dit-il, que, profitant de cet écran, somme toute naturel, les chefs ont décidé de tromper l’ennemi, et, au lieu de poursuivre tout droit, d’obliquer vers la gauche. Cependant, il s’étonna de n’avoir point observé un tel mouvement.

Au bout d’une heure, le régiment avait totalement disparu. C’est alors que le lieutenant fut intrigué par l’évènement qui survint aussitôt : quand le dernier homme se fut englouti dans le nuage, celui-ci quitta délibérément le sol, et, comme tout nuage ou brouillard le ferait, s’éleva lentement et rejoignit les autres nuages semblables à lui, mentionnés au début de ce récit. En les observant de nouveau, ils se ressemblaient tous comme « des pois dans une gousse ». Pendant tout ce temps, le groupe de nuages avait plané au même endroit, mais aussitôt que ce singulier nuage de la terre se fut élevé à leur niveau, tous partirent en direction du nord, vers la Thrace, en Bulgarie. Trois quarts d'heure après, plus un n’était en vue.

Pas un soldat n’était sorti de ce nuage pour se déployer et se battre au Mont 60. Le régiment fut porté disparu ou exterminé, et lors de la reddition de la Turquie, en 1918, la première chose que réclama la Grande-Bretagne à la Turquie fut qu’elle rendît ce régiment. La Turquie répondit qu’elle n’avait jamais capturé ce régiment, pas plus qu’elle  n’avait été en contact avec lui. Et elle ignorait qu’il existait. Tous ceux qui observèrent la scène attestèrent que la Turquie n’avait, en effet, « jamais capturé ce régiment ». Telle fut la déclaration sous serment du lieutenant Reichart et de ses hommes.

Les traces de ce régiment ne furent jamais retrouvées. Aujourd’hui, il demeure porté disparu dans les archives de la Première Guerre mondiale. Cet incident absolument véridique reste inexpliqué. Dès lors, on comprend qu’il figure en bonne place dans les annales du Mystère. Que devinrent ces hommes après leur entrée dans ce nuage étrange ? Dieu seul le sait.

L’incroyable vérité (René-Victor Pilhes, Jean-Pierre Imbrohoris et Grégory Frank)

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 16:24

 

Cette histoire se passe dans la campagne anglaise. Une route étroite et goudronnée à deux voies serpente à travers des terres agricoles vallonnées. Pas la moindre brise, ce qui ne présage rien de bon. Une voiture surgit dans le lointain. Chester et Madeline Boswell, un couple de la haute société, en habits de cérémonie, rentrent chez eux après avoir dîné et passé la soirée chez un propriétaire terrien. Les haut-parleurs de la voiture diffusent en sourdine de la musique classique. Ils sont tous les deux un peu éméchés.

- Quelle satanée perte de temps que cette invitation, dit Chester.

- Eh oui, chéri. Comme tu ne cesses de me le dire, c’est le prix à payer pour faire des affaires, répond Madeline.

- Le prix à payer ! grogne Chester. La prochaine fois que je vois ce Ralphie Fenwick et ses associés arrogants, je me ferais un plaisir de lui faire goûter le bout de ma chaussure.

- Je t’en prie, supplie Madeline, garde au moins un œil sur la route !

Soudain, une vive lumière jaillit devant eux. Chester cligne de l’œil et secoue la tête.

- Est-ce que tu as vu ça ? Plus loin, sur la route ? demande-t-il. Madeline fait non de la tête.

Tout à coup, une silhouette surgit devant eux, debout sur la ligne de démarcation. Chester donne un grand coup de frein. Dans un crissement, la voiture s’immobilise, juste à quelques centimètres d’un homme hébété. Agé d’environ 35 ans, il a des cheveux longs et hirsutes, il porte d’étranges vêtements de paysan et tient un outil agricole bizarre. Chester klaxonne, ce qui le fait sursauter en arrière. Chester sort de la voiture.

- Qu’est-ce qui vous arrive ? demande-t-il.

L’homme, dans un dialecte inconnu :

- Oh Seigneur, où suis-je maintenant ?

Chester, qui ne comprend pas :

- Etes-vous sourd ou quoi ?

L’homme, bouleversé, répond :

- Pour l’amour de Dieu, aidez moi !

Le cas de cet homme est l’objet de discussions au sein d’un établissement psychiatrique. Le sujet a été trouvé errant sur une route à Spotswood, dans le comté de Bedfordshire, en Angleterre. Une évaluation préliminaire du docteur Robert Steen l’a conduit à transférer le patient à l’Institut Mc Martin. A la lecture du rapport de police et des déclarations du sujet, le dr Steen a pris contact avec l’OSIR (Office of Scientific Investigation and Research – Bureau d’enquêtes et de recherches scientifiques). D’après le rapport du médecin, le sujet est stable mais désorienté. Il peut s’exprimer en anglais mais dans un dialecte obscur. Mlle Lindsay Donner, psychobiologiste, est chargée de l’identifier.

Le psychiatre Anton Hendricks prend la parole :

- J’ai lu le rapport de Steen. Ce… il dit qu’il s’appelle M. Hanrahan, c’est ça ? Son histoire n’est pas claire.

- C’est pourtant simple, dit Doyle (le directeur de l’OSIR). Ce monsieur John Hanrahan affirme qu’il se trouvait sur ses terres et la minute d’après faisait face à une bête de métal.

- Une bête de métal ? demande Donner.

- Une automobile, dit Doyle. Conduite par un couple qui rentrait chez lui.

- Les Boswell, dit Donner. Leurs déclarations étaient plutôt laconiques. Il faudra qu’on leur parle.

- Il nous faut nous assurer de la véracité de cette histoire, dit Doyle. En espérant que nous n’avons pas fait tout ce chemin pour rien.

Quelques jours plus tard, dans le laboratoire mobile de l’OSIR. Doyle est en train de regarder les vidéos qui ont été tournées pendant qu’on interrogeait les témoins.

Compte-rendu de l’inspecteur William Haney :

« Les Boswell nous ont appelés à environ 2 h 30 du matin. En arrivant sur les lieux, nous avons vu M. Hanrahan, qui divaguait comme un cinglé, se promenant dans les champs qui bordent la route. Il a dit qu’il errait ainsi depuis des heures. Il clame qu’il est en enfer, et que c’est une âme perdue. Il n’avait aucun papier d’identité. Nous avons fait des recherches pour savoir d’où il venait. Nous n’avons absolument rien trouvé le concernant. Aucune empreinte digitale qui corresponde. Nous avons même essayé avec son dossier dentaire. Chose étrange… il n’en a pas. Nous l’avons conduit à l’Institut Mc Martin pour qu’ils l’examinent. Nous pressentions qu’il représentait un danger pour lui-même ou pour les autres. Il était dans un drôle d’état, vous pouvez me croire. Terrifié. Tout semblait le pétrifier. »

Doyle regarde ensuite les images de l’interview de Hendricks avec le dr Steen :

 « Quand la police nous l’a emmené, il divaguait. Il était paranoïaque et presque tout ce qu’il voyait le terrifiait, » disait le dr Steen. « Il s’est mis à bafouiller à propos de la mort et du purgatoire. Se demandait s’il était effectivement en enfer. J’ai supposé que c’était une forme de schizophrénie et l’ai fait admettre au service des soins continus. »

- Qu’est-ce qui vous a amené à contacter notre équipe ? lui a demandé Hendricks.

-Ses déclarations, a répondu le dr Steen. Pour le peu qu’il soit surexcité ou nerveux, on a du mal à le comprendre avec son accent. Mais quand il retrouve son calme, il tient des propos intelligibles. Nous l’avons interrogé plusieurs fois et il était plutôt cohérent. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un homme qui affirme venir du 17e siècle !

Un peu plus tard dans la salle d’observation de l’Institut Mc Martin, les membres de l’équipe regardent une vidéo du Dr Hendricks où on le voit en train d’interroger Hanrahan. Ce dernier est relié à un détecteur de mensonges, polygraphe perfectionné et donc informatisé dans sa version numérique.

- Comment vous appelez-vous, demande Hendricks.

- Je suis John Hanrahan de Bedforshire, Monsieur, répond Hanrahan.

- Et quel âge avez-vous ?

- J’ai trente-cinq ans.

- Où habitez-vous ?

- Ma ferme se trouve près de la ville de Spotswood.

- Date de naissance ?

- Je suis né le 5 avril, en l’an de grâce 1612.

- Comment êtes-vous arrivé ici ?

- Ca, je n’en sais rien, répond-il, très perturbé. Que Dieu m’aide…

Doyle tourne la tête et s’adresse aux membres de l’équipe :

- Les tests physiologiques pratiqués sur le sujet n’ont relevé aucune trace de bactérie récente ou d’anticorps artificiels dans son organisme.

- C’est surprenant, dit Donner.

- Mais ce n’est pas impossible, réplique Doyle. S’il vient d’une région éloignée de la terre, son organisme pourrait être sain. Puis se tournant vers Peter Axon (physicien statisticien) : Peter ?

- Pas de problèmes environnementaux dans cette zone, rapporte Axon. Pas de matières à risques ou de gaz toxiques. Pas de concentrations anormales de champs d’énergie. Les résultats des examens de base sont dans la moyenne.

- Le sujet parle avec un accent étrange, et la formulation de ses phrases ne l’est pas moins, dit Donner. Il se trouve que ça n’est pas irlandais. Nos experts linguistes ont écouté les cassettes et en ont déduit que cet homme venait soit d’une zone éloignée dans les hautes terres du Cotswold, soit sa façon de s’exprimer est typique de celle d’un fermier du Bedforshire, vivant au… 17ième siècle.

- Il y a plus, poursuit Donner. D’après les archives locales, un fermier du nom de John Hanrahan a bien vécu à Spotswood vers 1612.

- Le sujet aurait-il pu avoir accès à cette information ? demande Doyle.

- Cela lui aurait pris du temps mais…, répond Donner.

- Donc il y a une forte probabilité de canular, interrompt Doyle.

Donner acquiesce :

- Nous en avons discuté, et je suis en train d’enquêter discrètement dans toutes les fermes de la région. J’essaie de faire des rapprochements avec ce qu’on peut trouver dans les archives.

- Bien, dit Doyle. Hendricks ?

- Hanrahan est toujours aussi perturbé, répond Hendricks. On lui a fait passer des tests psychosociologiques pour avoir une idée de sa psychodynamique. Mais les données recueillies jusqu’ici confirment son histoire.

- La régression sous hypnose a-t-elle donné des résultats ? demande Doyle.

- Pas de chance. Je n’ai pas pu le mettre suffisamment à l’aise pour l’amener à un état préconscient.

- Fais tout ce qu’il faut pour le détendre. Même si, pour cela, il faut organiser la cérémonie du thé.

Le lendemain matin, à l’Institut Mc Martin.

Hendricks essaie de mettre Hanrahan sous hypnose. Il y parvient.

- Dites-moi ce que vous voyez, lui dit-il.

- Ma ferme. Je dois aller nettoyer le chemin.

- Pourquoi ?

- Un arbre est tombé à cause de la tempête.

- Quand y a-t-il eu une tempête ?

- C’était la nuit dernière, répond Hanrahan. Après une pause, il s’écrie : « Bon Dieu ! »

- Qu’y a-t-il ? demande Hendricks. Que se passe-t-il ? Que voyez-vous ?

- Une lumière. Comme un caillou dans l’eau mais y a pas d’eau. Je suis cerné. Aidez moi !

- Continuez, s’il vous plait. Que voyez-vous maintenant ?

- Ca a disparu ! Ma maison… ma famille… plus rien.

- Maintenant que voyez-vous ?

- Je suis dans mon champ. Mais tout a changé. Une vive lumière. Une bête qui gronde sur la route. Où suis-je… ?

Plus tard dans la journée, dans le domaine de Lester. Donner et deux autres enquêteurs de l’OSIR sont invités dans la grande maison par la propriétaire des lieux, Lucille Lester.

- Merci du fond du coeur de nous donner un peu de votre temps, Mme Lester, dit Donner. Ce projet est d’une importance capitale pour le groupe universitaire chargé des questions d’histoire.

- Heureuse de vous aider à perpétuer notre héritage, répond-elle tout en leur faisant visiter la maison. « Cette maison a été construite en 1809. »

- Et auparavant, qu’y avait-il sur les lieux ? demande Donner.

- Des terres agricoles.

Donner regarde un des portraits accrochés au mur et y voit un homme qui est le portrait craché de John Hanrahan. En s’excusant, elle appelle Doyle sur son portable.

- C’est incroyable, lui dit-elle. C’est lui.

- Tu veux dire que tu crois que c’est lui, dit Doyle.

- Un point pour toi, dit Donner. On continue de faire semblant ?

- Ne leur dis rien, pas encore. Tâche de découvrir tout ce que tu peux à propos de l’histoire de cette famille.

Juste à ce moment un enquêteur tend des documents à Doyle.

- Ne quitte pas. Les recherches généalogiques révèlent que les Lester sont les descendants d’un certain John Hanrahan.

Donner raccroche et retourne au salon. Lucille Lester est maintenant aux côtés de sa fille, Meagan.

- Puis-je m’enquérir au sujet de ce personnage remarquable représenté sur ce tableau ? demande Donner, désignant le portrait de « Hanrahan ».

- C’est sûrement Sir Stewart Lester, répond Meagan. C’est un artiste local qui l’a peint en 1731. Sir Stewart a installé le premier moulin à orge dans la région en 1702 et a été fait chevalier par la reine Anne.

- Et qui étaient les parents de Sir Stewart ? demande Donner.

- La mère de Sir Stewart, Regina, s’est retrouvée orpheline à l’âge de sept ans après que son père ait disparu et que sa mère soit morte de consomption, répond Mme Lester. Elle a été élevée par une tante.

- Est-ce que par hasard vous sauriez le nom de son père ? demande Donner. Celui qui a disparu ?

- Non, il n’a pas disparu, dit Meagan. Il s’est enfui. Probablement pour l’Amérique.

- Mais non, Meagan, dit Mme Lester en la grondant. Ce sont des racontars. La vérité c’est que personne ne sait pourquoi John Hanrahan a quitté sa famille.

Le soir, à l’Institut Mc Martin.

L’équipe d’OSIR s’est réunie pour une table ronde.

- Il est très instable, dit Hendricks. Il manifeste tous les symptômes d’un stress post-traumatique. Il n’est même pas capable de comprendre ce qui a bien pu lui arriver.

- J’ai le rapport du labo concernant les vêtements et les effets personnels du sujet, dit Axon. Ils ont l’air d’être authentiques. Mais pas de pièces vintage. Les fibres correspondent exactement aux fibres de cette époque, cependant elles n’ont pas vieilli de plus de cinq ou dix ans.

- Ca serait difficile à faire, dit Hendricks.

- Ce ne serait pas impossible, dit Doyle. J’irai moi-même en parler à Mme Lester et lui expliquer la situation. Nous avons besoin du concours de la famille.

Le lendemain, au domaine des Lester.

Doyle explique la situation à Mme Lucille Lester et à sa fille, Meagan.

- C’est absurde ! dit Mme Lester. Insinuez-vous que cet homme est en réalité le John Hanrahan ? Ce sont des sottises !

- Il y a des preuves qui étayent ses déclarations, dit calmement Doyle. Ce qui pourrait nous aider, c’est un test ADN comparatif.

- J’en ai assez entendu ! dit Mme Lester. Je crois qu’il est temps pour vous de partir !

- S’il vous plait, dit Doyle, réfléchissez.

Comprenant que Mme Lester est bouleversée par cette information, il quitte la maison. Comme il est près de sa voiture, sur le point de monter, Meagan s’approche.

- Je vous fais mes excuses pour ma mère, dit-elle. Elle a parfois l’esprit étroit.

- Comprenez bien que nous essayons de vous aider, Meagan.

- Professeur Doyle, cet homme… aurait-il vraiment pu voyager dans le temps ? demande Meagan.

- C’est ce que nous essayons de découvrir.

- Et ce test ADN que vous avez proposé… ça vous aiderait dans votre enquête ?

- Oui.

- Alors, je le ferai, répond Meagan.

De retour à l’Institut Mc Martin, plus tard dans la journée.

Doyle note dans son journal que l’ADN de Meagan s’accorde parfaitement avec celui de John Hanrahan. Ce dernier est assis dans la salle d’observation avec Hendricks.

- M. Hanrahan, dit Hendricks.

- Monsieur, appelez-moi John, si vous voulez. C’est comme ça que mes amis m’appellent.

- Savez-vous où vous êtes ?

- Je sais maintenant que je suis au purgatoire. Dans les limbes, prêt d’entrer au Paradis ou être damné en enfer.

- Vous croyez que vous êtes mort ?

- De ça je n’ai aucun doute. Et vous, Monsieur, soyez mon juge. A vous de décider où j’irai passer l’éternité.

- John… Je vous assure…

- Inutile de finasser. Je me tiendrai comme il faut, je le jure. Je sais que votre nature est bonne. Vous m’aiderez à trouver le chemin jusqu’au chœur des anges.

- Mais je ne suis pas un ange. Ou un saint. Je suis un homme. Un docteur.

- Je vois à l’éclat de vos yeux, Monsieur, que vous avez la connaissance de ce vaste inconnu qui est la fin du voyage pour les hommes. Je sais que vous me montrerez le chemin.

Dans le labo mobile de l’OSIR, tard le soir.

L’équipe d’OSIR est réunie. Donner montre la carte actuelle de Bedforshire sur l’écran. Elle passe à l’image suivante : « Cette carte par transparence est une carte de 1638. » Elle désigne une zone sur la carte : « C’est Spotswood, l’endroit où la propriété de Hanrahan devait probablement se situer. Et ceci, là où les Boswell l’ont rencontré. »

- Professeur Axon, est-ce que la zone où est située sa propriété est comprise dans nos estimations ? demande Doyle.

- Nous avons effectué tous les tests possibles sur le site, répond Axon. Ils se sont tous révélés négatifs. Cela nous aiderait si M. Hanrahan pouvait nous montrer le lieu exact où il est apparu.

Le lendemain, l’équipe d’OSIR accompagne Hanrahan sur les terres agricoles.

Hanrahan porte un biofeedback qui enregistre toutes les données de son état physique.

- John, nous avons besoin que vous nous conduisiez à l’endroit où vous vous êtes retrouvé après avoir vu cette vive lumière, dit Hendricks.

- Je ne sais pas si je peux. Mais je ferai de mon mieux, dit Hanrahan. Vous me mettrez de nouveau à l’épreuve, Monsieur. Je gagnerais vos faveurs si cela devait me prendre mille ans.

- John, dit Hendricks, nous essayons juste de vous aider.

Quelque chose attire le regard de Hanrahan. Haletant, il court vers l’avant. Hendricks le suit. Hanrahan s’approche des ruines. Il touche le mur de pierre du pigeonnier.

- Mais c’est ma terre ! s’écrie-t-il, angoissé. J’ai bâti ce pigeonnier de mes propres mains. Je le connais !

Doyle secoue la tête. Hendricks pose sa main sur l’épaule de Hanrahan pour le réconforter. Ce dernier les regarde, les larmes aux yeux.

- Il n’y a rien de plus que nous ne puissions faire, dit Doyle.

- J’ai échoué, alors, Monsieur, dit Hanrahan. Tout est perdu.

Dans le labo mobile d’OSIR, plus tard dans la journée.

L’équipe tient une conférence.

- Une théorie ? demande Doyle.

- Difficile à dire, propose Axon. Subconsciemment, il aurait pu se téléporter en se dématérialisant puis se rematérialisant d’un endroit à un autre : la théorie d’un vortex psychokinétique.

- Et si c’était un dédoublement corporel ? Une forme de réincarnation ? demande Donner. A la suite d’un désir impérieux et subconscient, il acquiert la conscience éthérée d’une vie passée qui investit sa présente incarnation.

- Nous n’avons justement pas assez de preuves pour soutenir une explication scientifique, dit Doyle. Et puisque nous ne savons pas comment le renvoyer chez lui, s’il vient du passé, alors nous avons le devoir de l’aider à s’adapter.

- Hanrahan souffre toujours d’une expérience hautement traumatisante, dit Hendricks. Notre priorité est de lui apporter quelques conseils. J’aimerais qu’il puisse vivre dans un milieu plus accueillant.

Dans les couloirs de l’Institut Mc Martin, quelques heures plus tard.

Doyle et Hendricks se dirigent vers la chambre de Hanrahan. « Cette nouvelle devrait le réjouir », dit Doyle.

- Je crois qu’il ne sera que trop heureux de quitter enfin cet endroit, dit Hendricks.

Le garde déverrouille la porte de la chambre. Hendricks fait un pas à l’intérieur, et fait face à Hanrahan, mort. Il s’est pendu.

Dans le labo d’OSIR, le lendemain.

Dernière entrée dans le journal de l’OSIR, rapportée par Doyle :

« J’ai pratiqué une autopsie, qui confirme la thèse que John Hanrahan a vécu il y a près de 400 ans. La structure cellulaire, les enzymes stomacaux et les relevés sanguins s’accordent avec celles d’un adulte mâle du 17e siècle. Quant à la façon dont il est apparu à notre époque, nous ne pouvons que spéculer qu’il s’est retrouvé confronté à un phénomène qui l’a téléporté instantanément plus avant dans le temps. Ce phénomène, quel qu’il soit, demeure mystérieux. »

 

PSI FACTOR (chronicles of the paranormal), publié by Dan Ackroyd

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 18:47

 

Depuis 10 mois que je vis avec mon compagnon il se passe des choses étranges.
En février alors que comme j’en ai l’habitude, j’avais mis une rose dans un vase près de la photo de sa mère décédée, elle a séché ainsi qu’une autre rose du bouquet duquel je l’avais prise. Je ne sais pourquoi, je l’ai mise avec l’autre près du cadre.
Environ deux semaines plus tard, le frère de mon ami et son épouse sont venus dîner chez nous et m’ont offert un bouquet de fleurs. Deux des roses de ce bouquet ont également séché. Je les ai ajoutées aux premières. Je ne comprends pas ce phénomène alors que je connais bien les fleurs étant horticultrice de métier.
Nous avons décidé de faire un « test » et avons acheté 10 roses de 2 variétés différentes et les avons placées cette fois-ci près de la photo de son père défunt. Elles ont toutes eu droit au même sort.
Mais ce qui est encore plus bizarre c’est qu’une fois sèches toutes ces roses se sont ouvertes !
Mais ce n’est pas tout !
J’ai l’habitude d’allumer des bougies de temps en temps (toujours la même marque et la même taille). Depuis environ 3 mois celles-ci mettent de plus en plus de temps à se consumer. Alors qu’elles duraient d’habitude 8 à 10 heures, selon qu’une fenêtre soit ouverte ou non. Le record a été battu la semaine dernière. Elle s’est éteinte 84 heures plus tard !!!!
A cela s’ajoute un autre fait étrange. Un soir nous étions couchés depuis près de dix minutes quand mon ami m’a demandé d’écouter. Il entendait des bruits de pas feutrés dans la pièce voisine. Je n’entendais rien. Perplexe, il s’est levé et n’a plus rien entendu à partir du moment où il a ouvert la porte.
Le dernier fait date de ce matin. J’ai été réveillée à 4 heures par une chanson qui venait de mon ordinateur portable qui est dans le salon. Il était fermé et arrêté. Pour arrêter la musique dont le son allait crescendo, j’ai du le rallumer et taper les deux mots de passe différents. Et au moment où il s’est mis en marche, la musique s’est arrêtée. Lorsque je suis entrée dans la pièce, il y avait un genre de brouillard qui ressemblait à un nuage de fumée de cigarette mais blanche. Quand je l’ai traversé j’ai ressenti une sensation de chaleur agréable.
Je ne sais si cela a un rapport avec le fait que la fille de mon ami, qui n’habite pas avec nous, ne supporte pas ma présence ni le fait que son père veuille refaire sa vie. Elle nous cause de gros problèmes et hasard ou non ces faits ont commencé en même temps que « sa déclaration de guerre ».
Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce qu’il nous arrive, nous aider à comprendre ?
Je vous en remercie à l’avance.

Cathy

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 15:41

 

Le professeur Mortis était un grand et bel homme, au visage pâle et osseux barré d’une fine moustache et dont la silhouette mince et élancée se prêtait au port altier des capes noires doublées de satin rouge. Le professeur Mortis était magicien. Avec la complicité de sa femme, Ludivine, il se produisait dans la région marseillaise dans le courant des années trente.  Certes, la gloire ne l’avait pas hissé au rang des Houdini et autres magiciens internationaux, mais le professeur était célèbre dans son pays et partout on lui témoignait la considération et le respect que l’on réserve à ceux que l’on admire ou que l’on craint. Avaleur de sabres et de tisons enflammés, fakir, manipulateur, le professeur avait, comme on dit, plus d’un tour dans son sac. Il n’avait pas son pareil pour décapiter son épouse à la hache, savait la mettre en transe et la faire voler sur scène, jouait à merveille du haut-de-forme et de la baguette magique pour faire apparaître et disparaître une foule de choses qui encombraient ses lourdes malles. C’était un bon illusionniste, qui présentait à un public moins blasé qu’il ne l’est aujourd’hui des tours spectaculaires et très appréciés. Il sillonnait les routes du Sud de la France du printemps à l’automne et avait acquis un public vaste et fidèle parmi les amateurs de sensations fortes.

Au bout de quelques années, le professeur Mortis, qui avait le sens du spectacle, comprit qu’il devait renouveler ses tours et présenter une magie plus sophistiquée, mieux élaborée, à une assistance qui se montrait de plus en plus difficile. Il chercha donc de nouvelles idées et demanda de l’aide à un de ses amis qui possédait dans sa bibliothèque plusieurs volumes de magie introuvables en France. C’est ainsi qu’il apprit l’existence d’un tour très spectaculaire qui n’avait encore jamais été présenté : le cercueil sanglant ! Le principe était original pour l’époque : on allongeait dans un cercueil de cent quarante centimètres environ une patiente dont la tête et les jambes dépassaient à la vue du public. A l’intérieur du cercueil, trois carcans immobilisaient le cou, les cuisses et les mollets de l’assistante. Un système était prévu pour montrer au public qu’il n’existait ni double fond, ni trucage visible : le couvercle du cercueil était démontable et la caisse reposait sur des roulettes suffisamment élevées pour qu’on puisse voir ce qui se passait dessous. Au milieu du cercueil et sur toute sa largeur, était aménagée une fente qui permettait le passage d’une scie destinée à couper en deux le corps de l’assistante. La sinistre tâche achevée, on mettait côte à côte les deux moitiés du cercueil pour présenter le tronc et les jambes séparés. L’assistante coupée en deux souriait d’aise, étant bien entendu qu’elle demeurait en parfaite santé et qu’elle survivait joyeusement à la pénible opération. C’était un tour vraiment spectaculaire, dont on allait beaucoup parler !

Le professeur Mortis partit donc en tournée avec son cercueil sanglant. Il visita les départements du Sud-Ouest, traversa la Provence, s’arrêtant dans chaque village pour présenter son nouveau tour à un public plus naïf que celui des grandes villes, où sévissait déjà le cinéma. Chaque soir le même scénario se renouvelait : le professeur en habit noir présentait Ludivine habillée en cosaque, puis découvrait le cercueil, prouvait l’absence de double fond et de trappe. Chaque soir, le professeur Mortis invitait un spectateur à monter sur scène pour contrôler le cercueil. Le spectateur s’allongeait à la place qu’allait occuper Ludivine. Les spectateurs qui se prêtaient à cette inspection étaient tous des jeunes gens gouailleurs, en pleine force et n’ayant peur de rien, qui décochaient des clins d’œil aux copains et souriaient vaniteusement en regagnant leur place. Et chaque soir, le cercueil sanglant valait au professeur Mortis et à Ludivine un énorme succès.

Le temps passa et l’année suivante, le professeur reprit sa tournée. Dans le souci de ne pas lasser ses spectateurs, il changea ses tours et ne présenta plus son fameux cercueil. Le magicien et sa femme étaient accueillis dans la plupart des villages comme un ami, mais dès la première ville visitée au cours de cette deuxième tournée survint un étrange évènement. Les gens du pays parlèrent de la pluie et du beau temps, et soudain, l’un d’entre eux secoua tristement la tête :

- Vous savez, professeur, il nous est arrivé un bien grand malheur ! Vous vous souvenez de Louis, le gros garçon qui est monté dans votre cercueil l’an dernier ?

Le professeur Mortis se souvenait parfaitement de ce gaillard aux joues rouges et aux cheveux coupés en brosse.

- Eh bien, continua son interlocuteur, quelques jours seulement après votre départ, il est mort. Un accident idiot.

On accusa la malchance, le sort funeste qui avait brutalement ravi ce jeune homme en pleine santé, et le professeur partit préparer son spectacle. Deux jours plus tard, dans la seconde ville de la tournée, il reçut le même accueil.

- Bonjour, professeur, nous sommes heureux de vous revoir. Mais nous avons une nouvelle bien triste à vous annoncer. Vous savez, Jeannot, le jeune homme qui est monté dans le cercueil, eh bien, un mois après votre passage, il est mort ! Un accident de moto inexplicable ! Quel malheur, professeur !

Impressionné, le professeur Mortis regarda sa femme, s’apitoya sur l’accident et repartit le lendemain après avoir remporté un vif succès.

On l’attendait avec impatience dans la troisième ville :

- Ah, professeur, quel plaisir de vous voir ! Qu’allez-vous nous présenter cette année ? Du sensationnel, sans doute ? Mon Dieu, êtes-vous au courant… Le petit Maurice, celui qui vous suivait à vélo tellement il appréciait vos tours et que vous avez allongé dans votre cercueil, eh bien, figurez-vous qu’il s’est noyé, quelques semaines seulement après votre spectacle ! Il s’est noyé, lui qui nageait si bien !

Cette fois, le professeur sentit une angoisse le gagner, et sitôt le spectacle terminé, il repartit vers la ville suivante. Là-bas, Henri, qui s’était allongé dans le cercueil, était mort emporté par la thyphoïde. Plus loin, ce fut Roger, qui s’était couché dans le cercueil, et qui était mort dans un incendie. Ailleurs, c’était Antoine, qui était tombé d’un arbre, Marius, qui s’était fait écraser par un camion ; Bastien, qui s’était électrocuté…

Le bilan était effrayant, incroyable. Tous les jeunes gens qui s’étaient allongés dans le cercueil du professeur Mortis étaient morts de mort violente dans le courant de l’année ! Traumatisé, le professeur interrompit sa tournée et regagna Marseille où il habitait. Avec Ludivine, il se rendit dans l’entrepôt où le cercueil maudit était rangé avec les autres accessoires. C’était pourtant un cercueil banal, quatre planches de bois neuf, que le professeur avait assemblées lui-même. Il regarda Ludivine consternée et murmura :

- Nous ne ferons plus jamais ce tour ! Il faut que cette malédiction cesse… Bien sûr, ce n’est qu’une suite invraisemblable de hasards malheureux, mais il vaut mieux arrêter !

Pendant six ans, le cercueil maudit resta dans l’entrepôt où il se recouvrit peu à peu de poussière. Mais le souvenir de toutes ces morts hantait encore le professeur Mortis.

L’étrange histoire aurait pu se terminer là, si un confrère du professeur n’avait pas rendu visite à ce dernier à la suite d’un accident d’automobile dans lequel il avait perdu tout son matériel. Le pauvre homme, qui se faisait appeler Mysterios, se trouvait dans l’impossibilité d’honorer un contrat qu’il avait passé avec la municipalité de Salon-de-Provence.

- Il faut absolument que tu me dépannes, dit-il au professeur, prête-moi ton cercueil !

Mortis se leva d’un bond :

- Non. Il n’en est pas question. Tout, mais pas cela ! Je ne veux pas que ce cercueil ressorte du hangar ! Tu sais pourquoi ! Tu es le seul à qui j’ai confié mon terrible secret ! Tu ne veux tout de même pas qu’il y ait de nouveaux… accidents ?

- Mais enfin, se risqua Mysterios, tu n’es pas sérieux, tu ne vas pas me dire que tu crois à ces sornettes ? Il n’y a ni malédiction, ni mauvais sort, il n’y a que le hasard, mon ami, un malheureux hasard ! Voilà six ans que tu n’as plus utilisé ton cercueil ! Prête-le-moi pour un soir… Je te promets de n’allonger aucun spectateur dedans. J’y ferai coucher Emile, le petit garçon qui me sert d’assistant ! Tu connais Emile, il est familiarisé avec la magie ! Ludivine n’a été la victime d’aucun accident, pourquoi veux-tu qu’Emile en ait un ? Je t’en prie, n’aie pas peur et prête-moi ton cercueil !

Résigné, le professeur Mortis laissa Mysterios emporter le cercueil maudit.

Quelques jours plus tard, on sonna à la porte du professeur. Il ouvrit à un Mysterios effondré, en larmes. Emile, le petit garçon en parfaite santé, qui s’était allongé dans le cercueil, venait d’être foudroyé par une pneumonie !

Le professeur Mortis, aidé par Ludivine et Mysterios, traîna le cercueil au milieu de l’entrepôt et le brûla.

Depuis, un peu partout dans le monde, le tour du cercueil à la femme sciée a été repris par un grand nombre d’illusionnistes. Il ne fit plus jamais de victimes. La malédiction était partie en fumée avec les cendres du cercueil du professeur Mortis. Cette histoire a été rapportée à Jimmy Guieu, spécialiste des évènements surnaturels, par la femme du professeur elle-même. Et elle tremblait encore en la lui racontant.

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 17:02

 

Un matin du mois de février 1966, vers 5 heures, un homme rentre chez lui après une nuit harassante. Cet homme, un Américain, s’appelle Cleve Backster. C’est un technicien éminent de la CIA, et son travail n’est pas ordinaire. Il est le premier spécialiste de détection du mensonge. Outre ses interventions sur des cas réels que lui soumettent sans arrêt les autorités de la police, il est chargé de la formation du personnel dans ce domaine délicat. Car cette fameuse machine à détecter le mensonge est, pour le moins, fortement contestée un peu partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis.

Comment fonctionne cet appareil diabolique, magique, en quelque sorte, puisqu’il est capable de violer les défenses psychiques des individus ? Chaque corps humain dispose d’un certain potentiel d’électricité. Ce potentiel se manifeste différemment selon qu’un sujet est calme, paisible, serein, ou au contraire agité, terrorisé, fou de joie, ou simplement inquiet. En branchant des électrodes sur un individu, en soumettant celui-ci à diverses émotions, on peut vérifier ces variations, parfois considérables, sur un graphique enregistré par un stylet relié à l’appareil. Cela ressemble à un électrocardiogramme. Un galvanomètre permet d’animer ce stylet, ou alors, une simple aiguille sur un cadran. Lorsque la police interroge un suspect, elle peut sélectionner avec soin une série de questions élémentaires concernant l’emploi du temps, les déclarations, faits et gestes de ce suspect, puis le plonger dans l’inconscience, brancher sur son corps cette machine à détecter les émotions, le questionner enfin. Si le suspect ne dit pas la vérité, il est censé trahir une certaine émotion due au mensonge, et, dans ce cas, la machine enregistre la variation correspondante. Ce n’est plus alors une émotion ordinaire qu’elle perçoit, mais bel et bien un mensonge qu’elle détecte, d’où son nom.

La méthode est-elle absolument sûre ? A-t-elle une valeur juridique ? On en discute, mais nul ne nie que des résultats spectaculaires ont été obtenus. L’utilisation de cette méthode exige une grande expérience, et beaucoup de sens psychologique. Telles étaient, indéniablement, les qualités de Cleve Backster, lequel inspirait de la considération même aux détracteurs de cette machine et de cette méthode.

En ce petit matin de février 1966, notre spécialiste rentre donc chez lui plutôt très fatigué, dans cet état que tout le monde peut connaître de temps à autre, où la fatigue est telle, la nuit si avancée, qu’on n’a même pas envie de dormir. Backster pénètre dans son bureau, donne de la lumière, se laisse tomber dans un fauteuil, et respire un instant. Devant lui, l’une de ses machines et son galvanomètre. A coté, une plante verte nommée par les botanistes Dracaena massageana, sorte de palmier nain aux grandes feuilles et aux petites fleurs serrées les unes contre les autres. Backster contemple d’un œil absent ce paysage si familier. La plante avait été apportée là, voici peu, par sa secrétaire qui trouvait le bureau trop austère. Et soudain, que se passa-t-il ?  Sous quelles impulsions fait-on ou non, dans ces situations-là, tel ou tel geste ? Nul ne sait vraiment. Toujours est-il que Backster, en un élan brusque et parfaitement irraisonné, branche les électrodes sur l’une des larges feuilles de la plante. Pourquoi ? Il n’en sait rien. Il regarde une seconde ce nouveau spectacle inusité d’une plante branchée à sa machine, puis, mais cette fois en toute logique, il décide de conférer une signification à une initiative au départ absurde. Puisque, Dieu sait pourquoi, cette plante est branchée, autant la solliciter pour voir si elle réagit. Backster se lève, va chercher de l’eau et arrose la plante. Son esprit s’est remis en marche, malgré la fatigue et l’heure matinale. Il raisonne donc : la plante humide doit normalement mieux conduire le courant que la plante sèche. Qui ne sait cela ? Or, il se produisit un fait curieux : le galvanomètre n’indiqua rien de tel. Au contraire, le stylet traçait des courbes descendantes et en dents de scie. Intrigué, Backster remit de l’eau et observa attentivement le résultat. Où avait-il il déjà vu ce genre de courbes ? Tout à coup, en un éclair, il comprit. Sous ses yeux survenait un évènement inouï, incroyable mais pourtant vrai, qui allait changer sa vie et peut-être révolutionner les connaissances humaines : ces courbes ressemblaient à s’y méprendre à celles obtenues lors d’interrogatoires de suspects. Que signifiait cette constatation ? Tout simplement que les plantes, comme les hommes, éprouvent des émotions, en somme qu’elles parlent un langage psychique identique en tous points à celui des êtres humains.

Une telle hypothèse était si inconvenante, à la limite, si grotesque, que Backster en fut saisi de vertige. Et pourtant, la machine, elle, qui n’avait rien à perdre ou à gagner, était formelle : elle obéissait à cette plante en traçant ce genre de courbes. Afin d’en avoir le cœur net, Backster, qui avait maintenant complètement oublié sa fatigue, décida de pousser l’expérience. De même qu’un homme se sentant menacé éprouve une forte émotion, une plante mise dans cet état devrait alors réagir. Backster entreprit donc de menacer la plante. C’était l’heure où les travailleurs les plus matinaux commençaient à se rendre au bureau ou à l’usine. Assurément, aucun d’eux n’imaginait que derrière ces vitres restées éclairées, un fou entendait menacer une plante et obtenir d’elle une réaction de terreur. Backster décida de brûler la feuille sur laquelle étaient branchées les électrodes. Il se préparait à saisir une boîte d’allumettes quand, à sa grande stupeur, le stylet traça une courbe descendante brutale. Backster s’immobilisa, les yeux écarquillés. Avant même qu’il mît sa menace à exécution, la plante avait manifesté sa crainte : avait-elle donc deviné sa pensée ? Avait-elle précédé l’acte comme l’homme est habitué à le faire ? Quand quelqu’un voit un ennemi avancer le bras vers un couteau ou un fusil, il a peur, avant même d’avoir subi l’agression. La plante de Backster n’avait-elle pas réagi de cette façon ?

Backster, devenu fébrile, alluma une allumette et brûla la feuille. Cette fois, le stylet réagit encore, mais bien moins fort, puis, en dépit de la brûlure, il finit par ne plus bouger. Backster en conclut que la plante avait su distinguer entre une menace et son exécution.

Quand le jour fut levé, le monde avait un nouveau chercheur. Certes, Backster n’avait pas de formation scientifique digne de ce nom. Mais sa volonté ne faisait pas de doute : il irait jusqu’au bout de ce phénomène, en tout cas à la limite de ses possibilités. Il alerterait le monde scientifique en lui annonçant : « les plantes pensent et parlent ! » Il recruta des collaborateurs, multiplia les expériences, toutes menées dans les mêmes conditions, et portant sur des plantes aussi diverses que les oignons, les oranges, les bananes, les laitues. Les plantes n’ayant ni des oreilles, ni un nez, ni des yeux, ni un système nerveux, comment pouvaient-elles penser et sentir ? Backster agrandit son laboratoire et étudia ce qui s’appelle aujourd’hui « l’effet Backster ». Il fit une démonstration stupéfiante à un groupe d’études de l’université de Yale. Dans une pièce nue, il installa une plante branchée à une machine à détection, et… une grosse araignée. On vit alors le graphique se modifier d’une façon saisissante, sans doute autant que l’aurait été celui d’un être humain apeuré par l’insecte. Mais Backster  fit plus encore. Il convia un journaliste sceptique à une expérience déroutante. Il relia un philodendron à sa machine. Il proposa d’énumérer sept dates, de 1925 à 1931, parmi lesquelles se trouvait la date de naissance de ce journaliste. Celui-ci devait répondre négativement à l’appel de chaque date, donc, mentir au moins une fois. Lorsqu’il répondit non à l’énoncé de la vraie date, le stylet, jusque là en position normale, descendit brusquement. Puis, à l’appel des autres dates, il reprit sa position initiale. Backster en déduisit aisément la date de naissance du journaliste qui eut beaucoup de mal à revenir de sa surprise. Jusqu’où pouvaient aller ces expériences extraordinaires ? Nul, aujourd’hui, n’est en mesure de le dire.

Backster songea à démontrer que les plantes avaient de la mémoire. Il imagina dans ce but une opération qui dépasse l’imagination. Il banda les yeux de six étudiants. Puis il les aligna devant deux plantes. Il tira au sort celui qui devrait en arracher une, la briser, la piétiner. Ni Backster, ni les cinq étudiants innocents ne devaient connaître le coupable. Le crime n’eut donc comme témoin que la deuxième plante. Après quoi, on relia cette plante à la machine. Les étudiants furent interrogés. L’un d’eux, forcément, mentit. La plante réagit avec vivacité. Le coupable dut donc découvert. Quelle valeur scientifique accorde-t-on aux expériences et découvertes de Cleve Backster ? Les avis sont partagés. Un fait est certain ; Backster ayant publié un article retentissant exposant ses thèses, sept mille scientifiques demandèrent que cet article fût réédité. Grâce à ce succès, il put équiper un laboratoire ultra-moderne et affiner ses observations. Il organisa sa plus belle expérience, en éliminant toute intervention humaine. Il plaça des crevettes dans un récipient sur lequel une machine déversait automatiquement de l’eau bouillante. Des plantes reliées à des galvanomètres furent les seuls témoins de la mort de ces crevettes. Aucun homme ne manipulait quoi que ce soit. Ces plantes réagirent fortement chaque fois que l’eau bouillante fut déversée… Des expériences de Sir Jagadis Chandra Bose démontrèrent ensuite que les plantes réagissaient aux ondes sonores ou électro-magnétiques. Qu’elles sont même capables de transformer du phosphore en soufre, du magnésium en calcium, qu’elles sont sensibles à l’amour, à la haine, à l’attention ou à l’indifférence de leurs propriétaires.

Tout cela doit absolument faire réfléchir et non ricaner ou hausser les épaules. La nature est loin d’avoir livré tous ses mystères, si elle le fait jamais. Un jour, l’homme saura sur les plantes qui l’entourent bien plus que ce que nous savons aujourd’hui. Ce jour-là, les règles de la cohabitation entre hommes et plantes seront bouleversées. Quoi qu’il en soit, quelle aventure aura vécue cet ancien spécialiste de la machine à détecter le mensonge ! Comme l’écrit Peter Tompkins, il avait, selon lui, découvert une force nouvelle, inconnue : peut-être celle de « la vie elle-même ».

 

L’incroyable vérité (René-Victor Pilhes, Jean-Pierre Imbrohoris et Grégory Frank)

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 15:02

 

Le 28 mai 1972, le vieux Sammy Clifford vint s’installer à Sierra Cruz. Non pas que ce minuscule village ait présenté le moindre intérêt touristique, mais le vieux Sammy y était venu, vingt ou trente ans plus tôt. Et tout le temps qu’il avait mis à vieillir, dans la cafétéria crasseuse de New York où il passait ses journées à servir des cafés et à réchauffer des pizzas molles comme du carton, il n’avait cessé d’embellir ce village, les maisons basses, l’église de type espagnol, et derrière, le désert poussiéreux qui menait au Mexique. Pendant toute sa vie, Sammy avait économisé pas mal d’argent, et le jour de sa retraite il eut à sa disposition un gentil pécule qui le mettait à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses jours. Il dit adieu à ses amis new-yorkais, embarqua dans un énorme autocar pullman rouge et traversa la presque totalité des Etats-Unis, les yeux brillants d’excitation, souriant aux enfants, aux femmes, aux vieillards, à tout le monde, même aux flics menaçants, aux Noirs, aux curés. L’autocar arriva à Sierra Cruz le 28 mai 1972, vers dix heures du matin. Le vieux Sammy fut le seul voyageur à descendre, ce qui n’était guère étonnant. Qui voudrait s’arrêter dans ce trou perdu ? Sammy Clifford, son gros sac de voyage à la main, traversa la rue principale. Il ne se doutait pas, le pauvre vieux, que la seule chose qui l’attendait ici, à Sierra Cruz, c’était la mort.

Après avoir visité toutes les maisons à vendre dans le village, le vieux Sammy fixa son choix, à la stupéfaction du marchand de biens qui lui servait de guide, sur une étrange construction, en vérité une gare. Sierra Cruz avait été longtemps desservie par les trains, mais, le trafic devenant chaque jour moins important, la ligne avait été fermée et la gare, désaffectée, mise en vente. En trois ans, il ne s’était pas présenté un seul acheteur pour cette bâtisse longue, basse, aux innombrables portes vitrées. Mais le vieux Sammy était têtu, il voulait sa gare, et il l’acheta. A vrai dire, cette ancienne gare, à l’écart du village, isolée au milieu du décor féérique du désert, ne manquait pas de charme. Repeinte, ravalée, aménagée, entourée d’un jardin, ombragée de quelques arbres, elle n’aurait pas été laide. Oui mais voilà. Le vieux Sammy n’aura pas le temps d’arranger sa petite maison. Moins d’une semaine après son installation, il s’était déjà fait une réputation à Sierra Cruz. Il était assez causant et ne cachait pas un penchant assez prononcé pour le bourbon et quelques autres boissons alcoolisées. Catalogué à tout jamais comme gentil ivrogne, Sammy avait rapidement rassemblé autour de lui la plupart des alcooliques impénitents du village. Toujours est-il que, lorsqu’on le vit ce matin-là arriver au village un peu plus tôt que d’habitude, nul ne s’étonna de lui voir la mine fatiguée, les traits tirés et les yeux cernés. Plus d’un pensa à cet instant : « Aujourd’hui, le vieux Sammy en tient une bonne… » Rien n’était plus faux. Le vieux Sammy n’était pas ivre. Il avait peur.

Il hésita longtemps avant de se diriger vers le poste de police. D’un pas nonchalant, il s’approcha de la petite maison de bois, poussa la porte qui s’ouvrit en grinçant et entra dans le bureau du shérif où il resta debout, triturant son chapeau avec ses grosses mains rouges. Anthony Marden, le shérif, était un homme jovial, aux gros sourcils noirs constamment agités de frémissements très surprenants. Il leva ses yeux par-dessus ses lunettes et aperçut Sammy.

- Tiens, voilà une bonne surprise. Le vieux Sammy est venu me rendre visite… Assieds-toi, mon gars. 

Le shérif leva son imposante carcasse et poussa une chaise branlante vers son visiteur.

- C’est pas la grande forme, ce matin, hein ? 

Le vieux Sammy restait muet.

- Ben, alors, parle , insista le shérif. Il aimait bien le vieux Sammy, c’était un type sans histoire, qui se tenait tranquille, qui aimait boire un bon coup de temps en temps, mais cela, pour le shérif, c’était presque une qualité. Sammy secoua la tête :

- Je ne sais pas comment dire…

- Parle, décidément, je ne t’ai jamais vu comme ça…

- Eh ben voilà, la nuit, je peux pas bien dormir, à cause du bruit.

Le shérif écarquilla les yeux :

- Du bruit, chez toi ? Dans ton coin où il ne passe jamais personne ? Tu veux rire ?

- Non, non, shérif, je ne ris pas du tout, je vous jure qu’il y a un sacré bruit, la nuit…

Anthony Marden ne put s’empêcher de penser que le vieux Sammy avait tout de même un peu taquiné la bouteille avant de venir le voir.

- Je voudrais savoir, dit soudain Sammy, si quelqu’un a déjà entendu des bruits par chez moi…

Marden le regarda avec curiosité.

- Non, ça je dois dire que tu es le premier à entendre des bruits à l’ancienne gare… Mais, dis donc, de quels bruits s’agit-il ?

Le vieux Sammy se mit presque à pleurnicher :

- Mais c’est ça qui est incroyable, shérif, c’est ça, justement…

- Mais quoi, parle, Bon Dieu, en voilà assez, ça fait un quart d’heure que tu tournes autour du pot, alors, c’est quoi, ces bruits ?

Le vieux Sammy prit son courage à deux mains.

- Des bruits de trains, shérif. Des trains qui passent toute la nuit devant MA gare…

L’ancienne gare de Sierra Cruz possédait encore un tronçon de rails. Des rails qui s’étendaient sur une cinquantaine de mètres, juste devant la gare à présent habitée par Sammy Clifford. Au bout de ces cinquante mètres de rails, de part et d’autre, il y avait de l’herbe. Ces rails n’allaient nulle part et ne venaient de nulle part. Il était donc raisonnablement impossible qu’un train pût rouler sur ces rails. Le shérif Marden regarda pensivement le vieux Sammy pendant une longue minute. Sammy avait dû boire un coup de trop, il avait fait un cauchemar, c’était la seule explication possible. En souriant, Marden se leva, tapa gentiment sur l’épaule de Sammy et lui dit :

- Je vais voir cette affaire, mon vieux, pour l’instant, rentre chez toi et repose-toi. Je viendrai te voir.

Sammy salua le shérif, poussa la porte qui s’ouvrit en grinçant et dit sur un ton étrange :

- Je n’aime pas les trains.

Sammy fit quelques courses : du bourbon bien sûr, le journal et des petits oignons dont il était friand. Puis, ayant salué de la main ses amis de comptoir, il reprit lentement le chemin de SA gare. En marchant, Sammy était persuadé que le shérif ne l’avait pas cru. Mais que faire, et maintenant, que penser ? Car maintenant, Sammy savait que personne n’avait jamais entendu de trains depuis que la gare avait été désaffectée. Alors, comment expliquer qu’il avait entendu des trains passer devant la porte de sa maison ? Le soleil se couchait lentement et teintait de rouge le sable du désert. Sammy arriva devant sa maison, regarda si tout était en ordre, jeta un coup d’œil à ses poules, et rentra chez lui. Ce soir-là, il se fit une énorme omelette aux herbes et aux petits oignons dont il ne mangea pas même la moitié. Puis il s’assit sur le vieux rocking-chair qu’il avait acheté par correspondance et lut lentement son journal. La nuit tombait rapidement et il fut obligé d’allumer la lampe qui éclairait ce qui fut jadis la salle d’attente de la gare de Sierra Cruz. Sammy n’avait pas envie d’aller se coucher. Il voulait attendre. Il voulait comprendre. Il voulait voir. Il but un, puis deux, puis trois verres de bourbon. Et, tout doucement, il s’assoupit. Et puis, brutalement, quelque chose le réveilla. Un bruit. Un grondement. Un ronflement qui se rapprochait vite, très vite de lui. Sammy courut jusqu’à la porte, hésita, ouvrit et disparut dans la nuit. Le vacarme était assourdissant. Exactement le bruit que pouvait faire un train en passant devant une gare.

Le shérif Marden claqua la porte de sa voiture, une Oldsmobile bleu ciel, aux portières décorées avec des lettres adhésives formant le mot « POLICE ». Il brancha sa radio, mit en route son gyrophare et reprit la direction de Sierra Cruz. La chaleur le fatiguait, et il avait hâte de se retrouver chez lui pour prendre un bon bain. Soudain, alors qu’il se rapprochait du village, il pensa à Sammy Clifford. Son histoire était décidément incroyable. Marden s’aperçut alors qu’il n’avait pas vu le vieux Sammy de la journée. En souriant, il pensa que le vieux retraité n’avait pas osé se montrer, une fois sa cuite passée. « Bah, je vais aller boire un verre chez lui. » Marden s’arrêta devant la gare et descendit de voiture.

-Hé, Sammy, c’est moi, Marden. Où es-tu ?

Aucun bruit ne se fit entendre dans la vieille gare. Le shérif visita toutes les pièces de la maison, la trouva remarquablement rangée, et finit par conclure que Sammy n’était pas là. Avant de repartir, il décida d’aller jeter un coup d’oeil à cette fameuse voie ferrée, et il sortit sur le derrière de la maison. Le shérif Marden resta pétrifié. Ses yeux refusaient de croire ce qu’il voyait. Sur la portion de rails, vestige de l’ancienne voie ferrée, sur ces rails qui n’allaient nulle part et qui ne venaient de nulle part, était étendu le corps de Sammy Clifford. Et je vous prie de le croire, les rapports de police sont formels : les pieds et la tête du vieux Sammy avaient été sectionnés à l’endroit exact des rails. Et le médecin légiste était catégorique : Sammy Clifford avait été écrasé par un train. L’enquête de police conclut dans ce sens. Et pourtant tout le monde savait qu’aucun train ne passait plus depuis longtemps à Sierra Cruz.

 

L'INCROYABLE VERITE (René-Victor Pilhes, Jean-Pierre Imbrohoris et Grégory Frank)

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 17:54

 

C'était l'année 1958, à la fin du mois de juillet, et alors que mon mari était en voyage d'affaires, il m'arriva quelque chose d'étrange cette nuit-là. J'avais déplacé mon lit, car je voulais me rapprocher d'une grande fenêtre, dans l'espoir de profiter de la brise tiède qu'apportait une tempête annonciatrice d'orage, prêt à éclater au-dessus de l'horizon, et venant du sud-ouest. Il faisait une chaleur étouffante et je ne parvenais pas à trouver le sommeil.
J'éteignis donc la lampe de chevet et m'allongeais tranquillement, essayant de m'endormir.
Je finis par m'assoupir. J'ignore combien de temps j'ai dormi, mais je me réveillai en sursaut. Un léger grattement se fit entendre tout près de mon visage, en provenance de la fenêtre, à travers l'écran de protection. Je restai immobile, fixant la fenêtre pendant que les secondes s'écoulaient. Soudain un éclair très vif illumina la fenêtre l'espace d'un instant. Je fus saisie d'horreur et j'en eus le souffle coupé. Une espèce de loup, imposant, le pelage hirsute, s'aggripait à l'écran de protection, et de ses yeux plissés et rougeoyants me foudroyait du regard. Sa gueule ouverte découvrait la blancheur de ses crocs.
Je m'emparai de la lampe de poche qui se trouvait sur la table de nuit et bondis hors du lit. Je dirigeai le faisceau de lumière vers la fenêtre, juste à temps pour apercevoir cet animal monstrueux alors qu'il s'enfuyait. Il traversa la cour et pénétra dans un épais bouquet d'arbustes qui bordait la route.
J'attendis que l'animal réapparaisse, mais après un petit moment, à la place d'un loup au pelage hirsute qui aurait dû continuer sa course, la silhouette d'un homme exceptionnellement grand écarta l'épais feuillage et marcha en toute hâte le long de la route, se fondant dans l'obscurité.
Je fus parcourue de picotements glacés. Je fermai la fenêtre et tirai le verrou. Je m'endormis avec toutes les lumières allumées pour le reste de la nuit.
 
Mrs Delbert Gregg, Greggton, Texas, mars 1960
Compilé par Fate Magazine

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 17:59

 

Paul Shaw (mon père) était géomètre chez H. M. Customs and Excise, et en cette année 1906, on l'envoya à Ballyhaunis, une petite ville dans l'ouest de l'Irlande. Il emmena avec lui sa jeune épouse anglaise, ainsi qu'il le faisait souvent lors de ses fréquents déplacements loin de chez eux à Herne Bay, dans le Kent (Angeterre).
Ils ignoraient combien de temps durerait sa mission et au lieu de louer une maison, ils prirent donc une chambre à l'hôtel Mc Crory, l'unique auberge dans cette petite ville tranquille. Contre toute attente, la vie était loin d'y être monotone. On y donnait des réceptions, des bals, et l'on se rencontrait aux courses, sans oublier les longues soirées d'hiver devant un bon feu, propices à se raconter des histoires.
Ma mère se passionnait pour ce pays et ses habitants, tout nouveaux pour elle, mais elle avait tendance à rire à l'écoute des histoires de fantômes et d'esprits, et autres faits paranormaux auxquels les Irlandais adhéraient avec enthousiasme.
Néanmoins, à de multiples occasions, au retour d'une bal ou d'une réception, elle avait bien vu que les chevaux refusaient de traverser un certain pont à l'extérieur de Ballyhaunis. Il reculaient, terrifiés, si on les y obligeait. Pour les amener à le franchir, les hommes devaient descendre de la voiture et leur couvrir les yeux avec un bandeau. On disait couramment que le pont était "hanté".
Pourtant, cela n'empêchait pas ma mère de qualifier ces histoires à dormir debout de "crépuscule celtique". Il arriva qu'un soir au milieu du mois d'avril elle et mon père allèrent se coucher tôt. C'était une nuit étouffante pour la saison et suivant la mode de l'époque les lourdes tentures et les volets sombres des fenêtres procuraient à la pièce une isolation quasiment hermétique. Mon père, après une journée harassante, s'endormit immédiatement mais Mère ne le pouvait pas. Elle était là, allongée à ses côtés, lorsqu'elle entendit soudain un véhicule approcher. Le clip-clop réguler des sabots des chevaux, le grincement des roues du carosse et le tintement du harnais résonnaient distinctement dans la quiétude profonde et le silence de la ville endormie.
"Comme un corbillard", pensa-t-elle.
Elle l'entendit s'avancer avec constance. Comme le véhicule s'engageait dans la place de la ville, les bruits se firent plus distincts. Puis à sa grande stupeur, les chevaux firent halte devant l'entrée de l'hôtel. Curieuse, ma mère ne put résister à la tentation ! Elle sortit du lit, tout en réveillant mon père, et après avoir chaussé ses pantoufles alla à la fenêtre.
Elle ouvrit les volets et plongea son regard dans la rue. Le clair de lune éclairait brillamment la place. Elle vit une grande voiture hippomobile de couleur sombre, le cocher assis immobile sur son siège, tenant haut son fouet, et quatre chevaux noirs attendant sagement entre les limons.
- Que peut-il bien faire là ? se demanda-t-elle à haute voix.
- Quoi qu'il en soit, ça ne te regarde pas, bougonna mon père. Reviens tout de suite te coucher.
Elle obéit à contrecoeur mais elle avoua qu'elle avait dû s'endormir très vite car elle n'avait entendu personne quitter l'hôtel pour être emporté par la voiture ni quelqu'un en descendre et entrer dans l'hôtel.
Le lendemain matin, ne tenant aucun compte des scrupules de Père, elle dévala les escaliers, bien décidée à avoir le fin mot de cette étrange affaire. Qui était cet hôte d'importance arrivé à l'hôtel si tard dans la nuit ? Elle avait vu ce carosse absolument magnifique qui devait appartenir à une personne de haut rang et fortunée.
Saluant Mme McCrory, la femme du propriétaire, Mère demanda innocemment :
- Que faisait cet immense carosse noir devant l'hôtel cette nuit ?
Mme McCrory pâlit et se dépêcha de se signer. Elle marmonna quelque chose d'inintelligible et se retira prestement.
L'auberge McCrory était un modeste hôtel géré en famille et Mère, en tant qu'invitée et bienvenue, participait à sa gestion. Mais maintenant elle sentait que l'ambiance était tendue. Bien qu'on ne l'y ait pas invitée, elle suivit Mme McCrory dans les appartements où logeait la famille, mais elle s'arrêta sur le seuil, sentant pour la première fois qu'elle était de trop.
La famille McCrory était réunie au salon, il y avait le prêtre de la paroisse, et tous étaient agenouillés et priaient. Certains des aînés étaient en larmes. Plus intriguée que jamais, Mère avisa l'aînée des filles, Eileen, avec qui elle s'était liée d'une solide amitié, et insista pour avoir une explication, qu'Eileen semblait étrangement réticente à donner.
- Sûr que ce présage de mort pour les McCrory, c'est juste une vieille superstition, dit-elle, gênée.
Mère savait que beaucoup de familles irlandaises d'ascendance exclusivement milésienne* (celtibère) avaient dans leurs familles des signes annonciateurs de malheurs, telles que la banshee, la sidhe**, ou quelque autre fée. Elle se rendit compte que les McCrory étaient persuadés que le grand carosse noir qu'elle avait rapporté avoir vu était une manifestation surnaturelle et qu'à leurs yeux cela était forcément un présage concernant leur famille. Elle continua d'interroger Eileen et apprit qu'en réalité peu de personnes l'avaient vu et quelques-uns l'avaient seulement entendu. Cela semblait extraordinaire qu'une personne ne faisant pas partie de la famille, et même pas irlandaise (une étrangère, pour ainsi dire) ait pu entrevoir le fantôme.
Pour une fois, Mère était sans voix.
On n'arrêtait pas d'aller et venir toute la journée. Les membres de la famille se rassemblèrent derrière des portes closes pour s'entretenir à voix basse. Enfin, dans la soirée du 20 avril 1906, Mère eut de nouveau matière à réflexion. Les nouvelles n'allaient pas vite à cette époque; les journaux anglais nous parvenaient tard dans la journée après qu'ils aient été publiés. Et quand ils arrivèrent avec le dernier train, ils faisaient leurs gros titres sur le tremblement de terre de San Francisco du 18 avril 1906.
Trois jours plus tard les McCrory reçurent un télégramme et ne manifestèrent aucune surprise. La dépouille de leur fils Andrew, qui exerçait sa prêtrise en Californie, avait été retrouvé dans les décombres.
 
 
*Les actuels Irlandais sont notoirement qualifiés de Milésiens, parce que le peuple authentique, de souche celtique, est censé descendre de Milésius d'Espagne, dont les fils, raconte la légende, ont envahi l'Irlande et l'ont dominée un millier d'années avant Jésus-Christ.
**être surnaturel lié à la mythologie celtique des Gaëls.
 
 
Maureen Wakefield, juin 1970
Compilé par Fate Magazine

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 17:20

 

Claude Brown, 16 ans, travaillait dans un magasin de chaussures à Chicago, où il s'occupait de la gestion des stocks et dont j'étais la co-gérante, en cette année 1979. Il était au courant de mes activités, découlant de ma passion pour la parapsychologie et la métaphysique, qu'il préférait qualifier de sorcellerie.
En plus de ses tâches quotidiennes, il avait pris l'habitude de me taquiner au sujet de mes croyances. Il déclarait n'être absolument pas superstitieux, et allait même jusqu'à me narguer : "Allons ! Essaies de me faire quelque chose pour me le prouver."
C'était tous les jours que nous en plaisantions, mais je refusais de mordre à l'hameçon. Je tentais de lui expliquer la différence entre sorcellerie et psy, mais cela tombait dans l'oreille d'un sourd.
Un beau jour il se pencha sur mon bureau, et arborant un sourire malicieux, il insista pour que je fasse quelque chose afin de le convaincre de mes dons de sorcière.
Nous nous regardâmes fixement pendant quelques secondes et j'acquiesçai de la tête.
- C'est d'accord, Claude, dis-je, en prenant un crayon et du papier. Je vais écrire quelques mots sur cette feuille, la mettre dans une enveloppe, et la ranger dans un tiroir de mon bureau fermé à clé. Nous verrons bien ce qui arrivera.
Il s'éloigna, gloussant de ma naïveté. Il croyait sans doute avoir gagné la partie.
Plusieurs semaines passèrent. Et les provocations de Claude dans ce domaine se faisaient au fil des jours moins virulentes. Je remarquais que certains jours, il arrivait au magasin avec des bandages aux mains, ou bien ailleurs. Il me regardait quelquefois avec un air interrogateur, sans rien dire. Ce jour-là, il faisait un froid mordant comme seul Chicago pouvait en connaître lorsque Claude, qui s'activait dans la réserve, se fit piquer par une abeille à la main.
Il entra en trombe dans mon bureau.
- C'est bon, Mme K. J'ignore ce que vous avez écrit, mais depuis ce jour j'ai des blessures aux mains. Quoiqu'il en soit, auriez-vous l'amabilité d'y mettre fin ?
J'ouvris le tiroir du bureau et lui tendis l'enveloppe fermée. Après l'avoir ouverte, il me jeta un regard bizarre et ressortit.
Voici ce qu'il y avait écrit sur le papier : toutes les fois qu'il te viendra une pensée injuste ou mauvaise, cela se traduira par une blessure aux mains. Tu contrôles pleinement la situation.
Je crois que nous fûmes tous deux plus que surpris par le résultat.
 
Irene Krawitz, Glenview, Illinois, avril 1991
Compilé par Fate Magazine

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